• VISION A DISTANCE ET ESPIONNAGE EXTRASENSORIEL Partie II

     

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    VISION A DISTANCE ET ESPIONNAGE EXTRASENSORIEL

     

     

    PARTIE II

     

     1. Visualisation à distance et individus « ordinaires » :

    Les bureaux de la CIA des Services Techniques et des Recherches et Développement ont injecté environ 150.000 dollars dans le programme de RV du SRI. Il y eut aussi deux petits contrats avec la Navy et la NASA, et des subventions privées pour les recherches avec Uri Geller.

    Hal Puthoff avait créé le terme « visualisation à distance » ("remote viewing") pour désigner la capacité des « visualiseurs ». Lui et Russel Targ distinguèrent la « visualisation à distance par les coordonnées », la « visualisation à distance hors site », la « visualisation à distance poussée » (avec induction d’états modifiés de conscience plus profonds).

    Fin 1973, début 1974, Hal Puthoff et Russel Targ concentrèrent leurs recherches sur quatre individus « ordinaires » (ne disposant pas a priori d’aptitudes psi) : une technicienne de laboratoire appelée Phyllis Cole, un mathématicien nommé Marshall Pease, un futurologue (observateur des tendances économiques et culturelles) du nom de Duane Elgin, et Hella Hammid (une amie photographe du couple Targ, allemande de naissance). Les trois premiers étaient des employés du SRI. Un jour, raconte-t-on, un collègue statisticien de Duane Elgin lança une pièce en l’air et demanda à ce dernier si elle allait tomber sur pile ou face. Duane Elgin donna la bonne réponse trente-trois fois de suite. Au SRI il fut soumis à des tests de RV et de psychokinèse. Il prétendit (mais il était seul dans la pièce) qu’il avait, par simple concentration, fait violemment osciller un pendule. Duane Elgin accomplit notamment 7000 essais sur la machine d’initiation à la PES de Russel Targ.

     

    2. Hella Hammid :

    Hal Puthoff et Russel Targ firent subir à Hella Hammid le même test des 9 sites que Pat Price. Au regard des transcriptions le juge estima que cinq sites avaient été correctement repérés. Pour une cible donnée chaque transcription était évaluée par le juge de 1 (le meilleur) à 9 (le moins bon), selon qu’Hella Hammid se rapprochait ou non de la cible. Les quatre transcriptions manquées reçurent un 2 du juge (alors que les deux échecs de Pat Price avaient reçu un 3 et un 6). Hal Puthoff calcula que la probabilité que les résultats aient été dus au hasard étaient d’une chance sur 500.000. Il fut estimé plus tard que ce résultat était surévalué, le vrai taux étant cependant, pour Hal Puthoff, encore assez haut. Tout bien considéré, note Jim Schnabel, Hella Hammid « n’était pas aussi bonne que Price, mais il s’en fallait de peu ». Et elle semblait capable de rivaliser avec lui dans certaines catégories spécifiques, comme la "RV précognitive" (PRV).

    Un jour, alors qu’Hella Hammid se trouvait dans la salle de visualisation avec Russel Targ, Hal Puthoff venait de partir vers un site avec Earle Jones. Hella Hammid, impatiente d’en finir avec l’expérience, déclara à Russell Targ qu’elle savait déjà quel était le site où ils allaient se rendre. Elle le décrivit puis s’en alla. Non seulement la description fut précise, mais elle fut apparemment réalisée avant que le site ait été choisi par le générateur de nombres aléatoires.

    Hal Puthoff et Russel Targ élaborèrent un nouveau protocole. Hal Puthoff tournait en voiture avec une série de dix sites possibles dans des enveloppes scellées, Hella Hammid restant dans la salle de visualisation avec Russel Targ. A un moment prédéterminé elle devait essayer de visualiser le site de façon prémonitoire, après quoi elle pouvait rentrer chez elle. A un autre moment prédéterminé Hal Puthoff utilisait, avec sa calculatrice de poche, une fonction génératrice de nombres aléatoires. Ayant ainsi sorti un chiffre entre 0 et 9, lequel correspondait à l’une des enveloppes, il se rendait sur le site correspondant et attendait là pendant un temps spécifié avant de rentrer au SRI. Hella Hammid fut testée quatre fois de cette manière. Le « juge aveugle » estima que toutes les transcriptions correspondaient aux cibles.

    Hella Hammid réalisa avec succès des expériences de RV dans lesquelles les sujets se trouvaient dans des sous-marins en plongée profonde au large des côtes californiennes, et elle essaya de visualiser des sites dans la baie de San Francisco. Pat Price et Hella Hammid parvinrent même à visualiser à distance Hal Puthoff en vacances en Amérique centrale. (1)

     

    3. Tests variés :

    Hal Puthoff et Russel Targ utilisèrent l’électroencéphalographie. L’« émetteur » s’asseyait dans une pièce, agressé par une lumière stroboscopique qui imprimait un certain motif à ses ondes cérébrales, pendant que le « récepteur » était installé dans une autre pièce, celle-ci étant électriquement isolée. Le « récepteur » était relié à un électroencéphalogramme pour voir si ses propres ondes cérébrales répondaient à celles de l’émetteur. Les deux chercheurs essayèrent six récepteurs, mais seul l’électroencéphalogramme d’Hella Hammid parut se modifier quand l’émetteur essaya de lui envoyer des informations psi. Les ondes cérébrales de celle-ci, cependant, au lieu de reproduire celles de l’émetteur, ne faisaient que légèrement diminuer les rythmes des ondes alpha et accentuer insensiblement ceux des ondes bêta, trahissant une légère réponse, non spécifique, à un stimulus. Le stimulus réel semblait avoir quelque effet, mais à un niveau trop enfoui pour être capté par l’équipement d’électroencéphalographie.

    Hal Puthoff et Russel Targ ont aussi demandé à Pat Price et à d’autres sujets de visualiser à distance des cibles sur des disques informatiques ou sur les puces en silicone des générateurs de nombres aléatoires. Ils ont aussi essayé de leur faire visualiser des objets dans des petites boîtes, dans des séries de casiers ou dans des boîtes de films. En cette dernière matière Hella Hammid était la plus performante.

    Un jour, alors que Pat Price et Hella Hammid n’étaient pas là, Russel Targ lui-même localisa Hal Puthoff sur l’aérodrome d’une petite île, où ce dernier s’était rendu de manière inattendue.

    On utilisa des objectifs technologiques, ce qui allait de photocopieurs et d’accumulateurs, à des stations d’épuration. On utilisa aussi la RV associative, dans laquelle des objets ou des localisations géographiques servaient de substituts pour des lettres et des nombres. Il y eut également des expériences de psychokinésie avec des magnétomètres et des pendules. La machine d’initiation à la PES (machine de Russel Targ) fut utilisée pour tester un groupe de cent écoliers locaux.

    Les sujets ont été soumis à une batterie d’analyses médicales et psychologiques, analyses supervisées par la Palo Alto Medical Clinic. Elles visaient à isoler les caractéristiques psychologiques et neurophysiologiques qui tendaient à coïncider avec de bonnes dispositions psychiques. Il y eut un historique médical complet, huit tests sanguins, des EEG en état de veille, des EEG endormis, des tests auditifs et oculaires, un scan imageur magnétique du cerveau, un test de force de poigne au dynamomètre, le test de la fiche perforée, le test de l’acquisition de concepts verbaux, le test de dépistage d’aphasie de Halstead-Wepman, le test gestalt du moteur visuel de Bender, le test de mémoire de Buschke, le test de mémoire visuelle de Benton, le test du cube de Knox, le test de performance tactile, l’échelle d’intelligence de Wechsler chez l’adulte, l’inventaire des personnalités multiphasiques du Minnesota, le test de préférence de personnalité d’Edwards, le test d’aperception thématique (ou test d’imagination créatrice), le test des taches d’encre de Rorschach. Mais il ne ressortit aucun profil clair pouvant montrer ce qui faisait un bon médium. On repéra cependant quelques facteurs spécifiques. Quelques preuves suggéraient que les médiums les plus talentueux dans la population devaient aussi être relativement intuitifs, sans a priori, émotionnellement sensibles et très intelligents.

    « Etant plus enclins aux états modifiés de conscience et aux expériences visionnaires qui les accompagnaient, beaucoup d’entre eux montraient aussi les caractéristiques des individus souffrant de troubles dissociatifs ou schizoïdes. En outre les ‘‘asynchronicités’’ d’électroencéphalogramme et les schémas d’activité électrique déséquilibrée entre les deux lobes du cerveau étaient plus fréquents chez les meilleurs médiums. On trouvait souvent ces ‘‘asynchronicités’’ d’EEG chez des individus ayant des crises ou des attaques mineures, ou souffrant d’hyperactivité. On peut aussi les rencontrer chez des sujets qui peuvent réaliser certaines choses extraordinaires, comme calculer mentalement le chiffre Pi jusqu’à dix mille chiffres après la virgule, pouvoir donner automatiquement le jour de la semaine où tombera une date, par exemple le 29 novembre 2042, ou pouvoir jouer parfaitement un concert de piano de Mozart après l’avoir entendu une seule fois. » (Jim Schnabel)

    Pour l’essentiel les médiums du SRI étaient des personnes saines, tant physiquement qu’émotionnellement, et dans certains cas en meilleure condition même que la moyenne. Dans ses études sur la religion primitive Joseph Campbell avait noté que les chamanes partageaient certaines des qualités des névrotiques et des schizophrènes. Mais Joseph Campbell concluait que la crise chamanique, quand elle est correctement gérée, « fournit à l’adulte une intelligence et un perfectionnement supérieurs, mais aussi une plus grande endurance physique et vitalité d’esprit que chez les autres membres du groupe ». L’un des sujets psi de Russel Targ et d'Hal Puthoff était un patient du département psychiatrique du Centre médical universitaire de Stanford.

    « Il y avait été admis après avoir prétendu que son épouse et son amant secret lui en voulaient. Il entendit leurs voix, il les ‘‘voyait’’ à distance en train de comploter… En bref il présentait les symptômes classiques d’une schizophrénie paranoïde aiguë. Mais il prétendait également pouvoir lire les pensées des gens et voir des choses se passer dans des lieux très éloignés, et il insistait tellement à ce propos que l’un des psychiatres, connaissant les recherches du SRI, contacta Puthoff. Il lui demanda si le cas pouvait l’intéresser. Puthoff était sceptique. Il suggéra au psychiatre de faire dans un premier temps ses propres expérimentations informelles, en mettant notamment des cartes à jouer dans une enveloppe et en regardant si son patient pouvait les deviner.

    Le praticien suivit le conseil de Puthoff. Et bientôt il revint en affirmant que son patient n’avait aucun problème pour deviner les cartes dans l’enveloppe. Mais ce n’était vrai que lorsqu’il n’était pas sous médicament. Quand on lui donnait de la thorazine, un antipsychotique, ses aptitudes psi disparaissaient comme ses psychoses. Finalement Puthoff accepta de voir l’homme. Et après avoir réalisé plusieurs tests il constata qu’il avait vraiment face à lui un savant extraordinaire. Mais il constata aussi que son sujet était mentalement très déstructuré – en fait il était ‘‘plus fou qu’un dingue’’ – et il était presque impossible de travailler avec lui. Puthoff le renvoya à Stanford. Il apprit plus tard, de la bouche même du psychiatre, que l’homme avait dit vrai d’un bout à l’autre. Après une enquête approfondie la police avait déterminé que l’épouse de l’homme et son amant avaient réellement comploté pour le tuer.

    De tels cas suggéraient que les problèmes psychiatriques, peut-être en encourageant des états modifiés de conscience, pouvaient d’une certaine manière activer ou libérer ce qui dans le cerveau – de quelque nature que ce soit – gouvernait les aptitudes psi. Mais ce qui était plus inquiétant c’était que l’inverse pouvait aussi être vrai : à savoir que la pratique importante du psi pouvait provoquer des problèmes psychiatriques. » (Jim Schnabel) (1)

    En juin 1973, sur l’invitation du chercheur tchèque Zdenek Rejdak, Hal Puthoff et Ingo Swann se rendirent à Prague à l’occasion de la première conférence internationale sur la recherche "psychotronique". Les chercheurs psi soviétiques et est européens semblaient désireux de savoir comment le SRI parvenait à garder ses sujets psi mentalement stables. Ingo Swann pensa qu’une bonne partie des sujets psi du bloc soviétique avait commencé à avoir de sérieux problèmes. (2)

     

    4. Publication des travaux :

    Russel Targ et Hal Puthoff publièrent une partie des travaux. Leur premier article parut en novembre 1974 dans la revue « Nature », cet article décrivant les recherches effectuées avec Uri Geller, Pat Price, Hella Hammid et les autres. Un an et demi après ils publièrent un texte plus long dans le journal de la société d’ingénierie électrique, « Proceedings of the IEEE ».

    « Dans un premier temps le rédacteur en chef du journal, un scientifique des laboratoires Bell, Robert Lucky, voulait refuser l’article. Mais après une visite de Puthoff et Targ aux laboratoires Bell pour répondre aux questions des scientifiques sceptiques, Lucky s’avoua très impressionné. Finalement il se livra lui-même à ses propres expériences informelles de RV et il conclut que cette dernière était probablement réelle. Un journaliste le citera même un jour en disant : ‘‘La matière psychique n’est vraiment pas plus farfelue que certains principes de la physique qui sous-tendent le laser.’’ » (Jim Schnabel) (3)

     

    5. Les sceptiques :

    Les chercheurs du SRI eurent affaire à des « incroyants » cherchant à prouver l’inanité des recherches faites. Ce fut le cas de Laura Dickens (un pseudonyme), une employée de la CIA. Elle dit à Hal Puthoff qu’elle venait tourner sa recherche en ridicule. Il l’autorisa à assister à une séance de RV hors site de Duane Elgin.

    « Ensuite, avec la transcription des commentaires d’Elgin en main, Dickens, le médium, Targ et Puthoff se rendirent sur le site visualisé. La description d’Elgin correspondait clairement, mais cela n’impressionna pas pour autant Dickens. ‘‘Il y a un truc’’, dit-elle à Puthoff. » (Jim Schnabel)

    Le lendemain Laura Dickens et Hal Puthoff furent les expérimentateurs hors site. Ils récupérèrent auprès de Bart Cox des sites choisis au hasard et se rendirent sur place.

    « La veille Dickens avait soupçonné qu’une voiture ou même un hélicoptère ait pu suivre les expérimentateurs hors site pour rapporter discrètement les données à Elgin au SRI. Donc, ce jour-là, Dickens n’attendit avec Puthoff que quinze minutes sur les trente qu’ils devaient passer normalement sur le site. Elle supposa qu’alors la voiture ou l’hélicoptère devaient être partis depuis longtemps à ce moment-là. Puis elle dit : ‘‘OK, reprenons la voiture et partons sur un autre site.’’ Puthoff se plaignit que Dickens puisse ainsi bouleverser leur protocole. Mais elle insista et ils partirent vers un autre site qu’elle choisit. Quand les trente minutes de l’expérience furent effectivement passées, ils retournèrent au SRI.

    Et là ils découvrirent qu’Elgin était resté sans arrêt en connexion avec la cible. Il avait précisément décrit le premier site, puis il avait noté que les expérimentateurs retournaient inopinément vers la voiture au milieu de la séance. Ils s’étaient alors rendus sur le nouveau site qu’il avait décrit. Laura Dickens demanda qu’on lui laisse la nuit pour réfléchir à tout ça. » (Jim Schnabel)

    Hal Puthoff et Russel Targ décidèrent alors d’utiliser Laura Dickens comme « visualisatrice ». Au début elle refusa, puis elle accepta. Hal Puthoff récupéra les coordonnées d’un site, s’y rendit et attendit là pendant la ½ heure requise, pendant que Russel Targ, lui, était resté, avec Laura Dickens, dans la salle de visualisation. Russel Targ dit à Laura Dickens de fermer les yeux et d’utiliser son imagination. Elle vit un pont près d’un torrent. Hal Puthoff revint au bout d’un moment avant de repartir vers le site avec les deux autres participants à l’expérience. La cible était bien un pont au-dessus d’un petit torrent, dans un parc sur le campus du SRI.

    « Dickens parut un peu ébranlée. Mais après quelques instants elle se ressaisit. Elle considéra que Targ, dans la salle de visualisation, l’avait d’une quelconque manière subliminale mise sur la voie du site. Elle déclara qu’elle voulait retenter l’expérience, mais cette fois en l’absence de Targ.

    D’accord, répondirent les deux physiciens. Ils la laissèrent dans la pièce et scellèrent la porte avec une bande adhésive pour s’assurer qu’elle ne puisse pas les accuser d’avoir des protocoles vagues. Puthoff partit encore une fois chercher un site auprès de Cox, puis il se rendit sur le site. L’endroit était la Réserve naturelle de Baylands, à Palo Alto. Au terme du temps requis il revint au SRI. Ils enlevèrent l’adhésif témoin sur la porte et pénétrèrent dans la pièce de visualisation.

    Dickens était recroquevillée dans un coin, les mains sur ses oreilles et son bloc-notes serré contre sa poitrine, pour déjouer toute caméra de vidéosurveillance ou des enceintes ''subliminalo-suggestives'' qui pouvaient être dissimulées dans la pièce.

    Les deux hommes regardèrent ce qu’elle avait dessiné et sourirent. Puis ils l’emmenèrent jusqu’à la réserve. De nouveau il était évident que Dickens avait décrit le site.

    Cette dernière parut de nouveau malheureuse. Mais encore une fois ses croyances reprirent rapidement le dessus et elle déclara qu’elle savait comment le truc se manifestait. Puthoff et Targ avaient simplement regardé ses dessins et ils l’avaient emmenée sur le site qui correspondait le mieux à ceux-ci.

    Elle leur dit qu’elle voulait refaire l’expérience avec un autre site. Cette fois elle voulait que les deux hommes se rendent là-bas, puis qu’ils reviennent et lui disent quel était le site avant qu’elle leur montre les croquis.

    OK, dirent encore une fois Puthoff et Targ. Ils ''réenfermèrent'' Dickens dans la pièce avec l’adhésif à la porte. Ils récupérèrent les coordonnées du site auprès de Bart Cox et s’y rendirent. Il s’agissait cette fois d’une aire de jeux pour les enfants, à environ trois kilomètres du SRI. Il y avait un certain nombre de choses à cet endroit-là, mais la structure la plus éminente était un tourniquet avec des barres à anneaux, autrement dit un dispositif auquel les bambins s’accrochent en hurlant, en essayant de résister à la force centrifuge. En somme une sorte de ''mini-manège". » (Jim Schnabel)

    Ils rentrèrent au SRI et indiquèrent à Laura Dickens les coordonnées du site. Or la femme avait dessiné quelque chose qui ressemblait beaucoup au "mini-manège" avec ses barres à anneaux, mais comme le faisaient souvent les "visualiseurs" elle avait mal analysé son dessin, décidant qu’il s’agissait d’une coupole qui pouvait s’adapter au sommet d’une maison. Cependant la correspondance visuelle entre son dessin et le petit tourniquet était si frappante que lorsqu'Hal Puthoff et Russel Targ emmenèrent Laura Dickens sur place elle tendit le doigt vers celui-ci et dit :

    - C’est ça, n’est-ce pas ?

    Avant d’ajouter :

    - Mon Dieu, ça marche !

    Elle se révéla l’une des meilleures « visualisatrices » que le SRI eut l’occasion de tester. Elle rejoignit un petit groupe informel d’espions psychiques interne à la CIA.

    Les critiques les plus dures contre les deux chercheurs émanèrent de sceptiques qui appartenaient au SRI et qui essayèrent, en vain, de faire cesser les recherches. A l’extérieur du SRI Russel Targ et Hal Puthoff furent qualifiés par Leon Jaroff (rédacteur en chef de la rubrique « Sciences » du "Time") de crédules et d’approximatifs, et les responsables de la revue "Nature", où Hal Puthoff et Russel Targ avaient publié leur premier article, reçurent très froidement ces derniers. Cependant certains critiques avancèrent ostensiblement des arguments valides, ce qui obligea les chercheurs du SRI à améliorer leurs techniques d’analyse des données.

    « Les résultats que les deux compères publiaient pouvaient être aussi spectaculaires qu’ils voulaient, on posait toujours comme principe qu’ils étaient erronés, même si personne ne parvenait à détecter la moindre erreur. Et il existait un consensus scientifique pour répéter dans tous les cas que l’existence de la RV n’était ‘‘pas prouvée’’.

    Ce préjugé scientifique répandu contre le psi permettait aux sceptiques d’attaquer le travail du SRI sur des bases relativement non scientifiques. » (Jim Schnabel)

    Jim Schnabel note que les critiques les plus sérieuses concernaient les transcriptions des séances de RV hors site, que des juges emportaient avec eux pour les confronter à la liste de sites/cibles.

    « Il fut remarqué que les transcriptions concernant un objectif donné contenaient parfois des références à d’autres cibles de la série qui avaient déjà été visualisées. Les sceptiques considérèrent que cela invalidait l’expérience, parce que cela permettait aux juges de confronter les transcriptions aux cibles simplement en cherchant dans les transcriptions des indices non liés au psi. Tout en admettant qu’ils avaient fait une erreur, Puthoff et Targ maintinrent qu’en enlevant des transcriptions les indices faisant allusion par inadvertance à d’autres cibles, les données reprises continuaient de suggérer l’existence du psi. Ils signalèrent aussi que la procédure de confrontation qu’ils utilisaient, tout en simplifiant la dimension mathématique de la situation, sous-estimait largement la valeur statistique réelle des résultats de la RV. Par exemple Pat Price avait correctement nommé la tour Hoover comme cible. Le taux de chance pour que cet objectif ait été nommé par hasard, affirmaient-ils, devait être astronomique, et peut-être même incalculable. » (Jim Schnabel)

    En outre Leon Jaroff (1974) n’a pas manqué de préciser que Hal Puthoff et Ingo Swann étaient, à l’époque, membres de l’Eglise de Scientologie. On notera qu’ils avaient rejoint cette dernière dans les années 1960, à une époque où elle était beaucoup moins controversée. Hal Puthoff quitta la Scientologie au milieu des années 1970, avant d’apporter son soutien à un groupe d’anti-scientologues… Et Ingo Swann quitta aussi, ultérieurement, cette organisation. En outre, jusqu’à sa mort, Pat Price avait été impliqué dans la Scientologie. Hal Puthoff et Pat Price s’étaient rencontrés à un cours de Scientologie à Los Angeles. L’un des laborantins d'Hal Puthoff était un scientologue.

    « L’astronaute Edgar Mitchell, dont la fondation privée avait financé une partie du travail du SRI avec Geller, s’était brièvement intéressé à la Scientologie. Même le contrat de Pat Price avec sa compagnie houillère avait des liens avec l’Eglise de Ron Hubbard. L’un des principaux responsables de la société avait guéri d’une grave maladie, croyait-il, grâce à l’aide des techniques scientologiques. Et plus tard il essaya d’utiliser ces techniques pour ‘‘guérir’’ les problèmes professionnels de sa société. Il avait entendu parler de Pat Price au sein de la Scientologie.

    Selon l’une des doctrines centrales de l’Eglise de scientologie les êtres humains avaient des aptitudes psi innées. Donc une idée s’était répandue chez certains critiques selon laquelle des scientologues ne pouvaient exécuter des expérimentations psi impartialement. Des résultats négatifs seraient à l’encontre de leur religion. Puthoff, soutenu par Targ, qui lui n’était pas scientologue, insista sur le fait qu’à l’intérieur de son laboratoire il était un scientifique avant tout. Quoi qu’il en soit, un an ou deux après l’article de Leon Jaroff, Puthoff quitta la Scientologie. Mais même deux décennies encore plus tard certains observateurs du monde de la RV continuaient d’évoquer avec un ton désapprobateur la connexion avec la Scientologie. » (Jim Schnabel)

    Selon Richard Kennett, l’analyste de l’agence de renseignement (CIA), la RV était clairement un phénomène authentique. Néanmoins, pour lui, le problème était que de tous les médiums évalués par le SRI et la CIA, seul Pat Price s’était montré suffisamment précis et fiable pour être utilisé régulièrement dans un cadre d’espionnage. Et même dans ce cas tout son travail avait souvent été disqualifié par le « facteur ricanement ». De plus, à l’été 1975, Pat Price était décédé. En outre la CIA ne pourrait pas supporter un programme de développement du phénomène de la RV, pour le rendre plus précis et plus fiable, même en utilisant des sujets relativement ordinaires. Il aurait fallu des années de financement improvisé, un programme à grande échelle et à long terme impliquant beaucoup d’argent, des études neuropsychologiques en profondeur des médiums, et de nombreuses expérimentations rigoureuses de RV. L’information serait en outre répercutée dans les grands médias, au milieu d’un concert de sarcasmes et de protestations.

    La CIA cessa de confier des contrats au SRI, et le groupe informel de "visualiseurs à distance" au sein de l’Agence finit progressivement par éclater. Quand John McMahon changea de poste en 1976, il fut remplacé à la tête de l’OTS par Dave Brandwyne, lequel n’éprouvait pas beaucoup de sympathie à l’endroit de la RV.

    Fin 1974, quand le second et dernier contrat de la CIA approcha de son terme, Hal Puthoff et Russel Targ furent confrontés à un sérieux problème de financement. Ils cherchèrent des fonds, leur travail au SRI était sur la sellette… Ils allèrent voir Richard Bach (l’auteur de « Jonathan Livingstone le goéland »), lequel leur donna 40.000 dollars. Il demanda seulement de participer à une séance en tant que « visualiseur ». Cette somme et quelques autres du même type provenant de sources publiques et privées leur permirent de tenir les deux années suivantes. Un contrat, pour une valeur d’environ 100.000 dollars, fut financé par le Bureau de la recherche navale. Il se concentrait sur des expériences de télépathie mesurée par électroencéphalogrammes et sur des RV opérationnelles de sous-marins et d’autres cibles militaires étrangères. Le contrat fut prudemment intitulé : « Repérage de sources EM (électromagnétiques) distantes ». En 1976 Sam Koslov, le conseiller scientifique du secrétaire à la Marine, ordonna la rupture du contrat, cet individu étant franchement hostile au psi.

    A la fin de l’été 1977 un article de John Wilhelm fut publié dans le "Washington Post", cet article étant relatif aux recherches gouvernementales en matière d’espionnage psychique. Le ton était « prudemment sceptique ». Le lendemain, Stansfield Turner, le directeur de la CIA, fut interrogé sur le sujet lors d’une conférence de presse prévue bien avant la parution de l’article.

    « Turner reconnut que la communauté du renseignement avait réalisé quelques recherches dans ce domaine, principalement pour répondre aux rapports qui faisaient état de semblables recherches psi. Mais il minimisa l’importance du psi, en disant qu’il s’agissait d’une escapade intéressante mais qui ne servait à rien. Turner, faisant clairement référence à Pat Price, déclara que la CIA avait travaillé avec un homme qui semblait posséder de véritables aptitudes psychiques. Cet homme s’était montré capable de récupérer des images de cibles étrangères qu’il n’avait jamais vues, mais les dessins, bien qu’ils fussent assez précis, restaient, selon Turner, assez rudimentaires. De toute façon, ajouta le directeur de la CIA avec un sourire, ‘‘il est mort et nous n’avons plus jamais entendu parler de lui’’. » (Jim Schnabel) (4)

     

    6. Stephan Schwartz :

    Hal Puthoff obtint un petit contrat de Dale Graff, un physicien de la Division des technologies étrangères de l’Air Force. Dale Graff voulait essayer de reproduire le travail de communication psi que la Marine soviétique aurait réalisé avec succès, et il voulait aussi explorer l’hypothèse des Soviétiques concernant le psi, à savoir sa transmission via des ondes électromagnétiques de fréquences extrêmement basses (ELF).

    En juillet 1977 une opportunité de réaliser ces expériences se présenta grâce à Stephan Schwartz, un ancien officier de la Navy devenu un homme d’affaires prospère de Los Angeles et un fervent partisan du psi. Il persuada Ingo Swann et Hella Hammid de servir de "visualiseurs à distance" pour localiser des navires naufragés jusque-là non retrouvés, au large des côtes californiennes. Ingo Swann et Hella Hammid se fixèrent sur une zone localisée près de l’île Santa Catalina, à cinquante kilomètres environ au sud-ouest de Los Angeles, et ils dessinèrent divers objets de navire que l’on devait pouvoir trouver, selon eux, sur les lieux. Puis Stephan Schwartz loua un petit submersible du laboratoire de marine de l’Université de Californie du Sud. Ingo Swann et Hella Hammid descendirent dans le sous-marin et découvrirent des débris qui laissaient supposer qu’ils avaient découvert le bon site de naufrage.

    En accord avec Stephan Schwartz ils utilisèrent aussi le submersible pour exécuter des expériences pour le contrat secret de Dale Graff pour l’Air Force. A un moment prédéterminé une équipe d’expérience RV du SRI se rendit sur un site/cible choisi au hasard dans la baie de San Francisco. Dans le sous-marin, à cent-soixante mètres de profondeur, Hella Hammid essaya de capter des impressions de l’endroit visité. Elle vit un objet haut et imposant, un grand arbre énorme, avec beaucoup d’espace derrière. On dirait, dit-elle, « un à-pic ou une palissade, ou une falaise derrière ». On avait donné à Hella Hammid, dans le sous-marin, une série de six enveloppes contenant des photographies de sites distincts de la baie de San Francisco, et l’une des cibles était précisément l’endroit que l’équipe du SRI venait de visiter. Il fallait qu’elle rapproche sa description de la photo correspondante. Elle sortit immédiatement le cliché d’un chêne géant au sommet de la colline de Portola Valley…

    Ingo Swann descendit plus tard dans le submersible, à soixante-quinze mètres de profondeur. Pendant ce temps l’équipe du SRI se rendait sur un autre site. Ingo Swann décrivit « un sol de pierre plate, des murs, un petit bassin, une allée de pierre rougeâtre, de grandes portes, une promenade, un espace clos ». Parmi les six cibles possibles il choisit une galerie marchande avec un bassin d’eau à Mountain View, et il recopia le "message/leurre" au dos (message qui n’était pas censé être exécuté).

    Les deux "visualiseurs" avaient vu juste. Après cette première série d’expériences trois autres "visualiseurs" essayèrent, depuis le SRI, de recueillir des informations dans le sens inverse. Au moment prédéterminé ils essayèrent de visualiser les photographies qui se trouvaient dans les enveloppes à bord du sous-marin. Les enveloppes/cibles avaient été choisies par Hella Hammid et Ingo Swann, qui se trouvaient dans le submersible, parmi un grand choix d’enveloppes qu’ils avaient emmenées avec eux. De retour au SRI les "visualiseurs" confrontèrent leurs descriptions des cibles aux photographies qu’on leur présentait. Il y eut deux bonnes tentatives sur trois.

    Les expériences avaient plus ou moins infirmé la théorie soviétique sur le psi, celle qui implique des rayonnements électromagnétiques à extrêmement basse fréquence (ELF).

    « A la profondeur où se trouvait le submersible pendant les expérimentations, l’eau de mer réduit de telles ondes ELF aux fréquences visées (supposées être au même niveau que les fréquences des ondes du cerveau) à moins de 1% de leur puissance au-dessus de la surface de l’océan. Si l’hypothèse ELF avait été juste Swann et Hammid auraient dû noter une réduction majeure de la précision de leur RV. Mais, en l’espèce, les séances étaient aussi précises et rapides que toutes celles qu’ils avaient effectuées à courte portée sur terre. Pour le SRI et ses clients militaires l’hypothèse ELF était donc enterrée. » (Jim Schnabel)

    Hal Puthoff et Dale Graff exposèrent les résultats à un sous-secrétaire de la Navy… On fit dire à Hal Puthoff que la Navy n’avait aucune envie de discuter de RV ou de quelque autre manifestation du paranormal. Hal Puthoff apprit plus tard que Sam Koslov, une fois de plus, était intervenu pour empêcher toute implication de la Marine. (5)

     

    7. Gary Langford et Frances Bryan :

    « Un jour, en 1976, au cours d’une série d’expériences de RV hors site à grande distance au SRI, on demanda à Gary Langford de localiser Russell Targ. Celui-ci se trouvait alors à l’extérieur du Superdome de La Nouvelle-Orléans, à plus de trois mille kilomètres de là. Moniteur de l’expérience, Hal Puthoff était assis dans la salle de RV avec Langford. Il vit ce dernier hésiter. » (Jim Schnabel)

    Le "visualiseur" percevait quelque chose, mais il ne voulait pas dire ce que c’était. Finalement il déclara à Hal Puthoff qu’il voyait quelque chose qui ressemblait « à une soucoupe volante au milieu d’une ville ». Et c’est ce qu’il représenta, avant de le modifier un peu plus tard pour lui donner l’apparence d’un grand édifice en forme de dôme. Il apparut plus tard que Russell Targ, debout devant le "Superdome" et décrivant la scène autour de lui, avait également comparé le bâtiment à une soucoupe volante.

    Un jour de mai 1978 on tendit à Hal Puthoff un fax classifié spécial émanant du bureau du général Ed Thompson au Pentagone. Apparemment Ed Thompson l’envoyait pour le compte de la CIA. C’était une tâche urgente concernant un bombardier soviétique, un Tupolev Tu-22, type d’avion auquel l’OTAN donnait le nom de code « Blinder ». Il avait été perdu quelque part au-dessus du Zaïre et s’était manifestement écrasé dans la jungle. Hal Puthoff choisit le "visualiseur" Gary Langford, un spécialiste informatique du SRI. Il s’était révélé particulièrement bon sur les cibles de renseignement high-tech. En moins de dix minutes il sentit une rivière dans la jungle, la majeure partie de l’avion étant submergée. Il dessina une queue abîmée émergeant de la surface de la rivière, et il essaya de dessiner la zone entourant le site du crash… Hal Puthoff faxa les informations au Pentagone.

    Dale Graff, le physicien de l’Air Force, était aussi sur l’affaire du Zaïre. Il était à la Division des technologies étrangères de l’Air Force, à la base aérienne de Wright-Patterson dans l’Ohio. A la fin des années 1970 il avait essayé de communiquer télépathiquement avec un ami qui vivait à l’autre bout de la ville, chacun des deux passant au crible le contenu de ses rêves pour essayer de découvrir des éléments qui auraient pu être envoyés par l’autre. Accessoirement Dale Graff donnait des cours de parapsychologie à des étudiants. Il était l’un des principaux commanditaires de GRILL FLAME, il était aussi l’un des pourvoyeurs de fonds du SRI, et il avait réuni, à Wright-Patterson, un petit groupe informel de "visualiseurs", dont l’un des meilleurs sujets était une femme, Frances Bryan. Dale Graff donna à celle-ci une photo du Tu-22, en lui disant qu’un avion de ce type s’était écrasé quelque part en Afrique.

    « Le dessin qu’elle produisit de l’avion crashé n’était pas aussi détaillé que celui de Langford. En revanche elle fournit une bien meilleure vue aérienne du site et de la rivière, avec de nombreuses caractéristiques déterminantes du secteur. Graff rapprocha le dessin d’une zone qui se trouvait précisément dans la région où, pensait-on, le Tupolev avait dû tomber. Des synthèses des informations fournies par Bryan et Langford furent envoyées, via le Pentagone, à la Division Europe et Afrique du Directoire des opérations de la CIA. Celle-ci câbla l’information - sans mentionner l’origine non conventionnelle de la source - au chef de la station de l’Agence à Kinshasa. » (Jim Schnabel)

    Celui-ci ne fut pas très impressionné car la zone indiquée dans le câble se trouvait à environ cent-dix kilomètres à l’ouest du secteur où, selon sa propre équipe, le bombardier était tombé. De nouvelles cartes du secteur furent étudiées, et le bureau de Dale Graff fut en mesure de rapprocher vraiment le dessin de Frances Bryan d’un point spécifique le long d’une rivière particulière. L’équipe de la CIA trouva la principale partie intacte de l’avion écrasé, dans la rivière indiquée par le bureau de Dale Graff, à un peu plus de quatre kilomètres des coordonnées fournies. Le Président Carter voulut savoir comment ils avaient réussi à retrouver l’avion si rapidement. Stansfield Turner mentionna le rôle joué par les médiums. Jake Stewart, du National Security Council, et Charlie Rose, représentant du Congrès, avaient informé Jimmy Carter de l’existence du programme du SRI. Dix-sept ans après, encore émerveillé par l’épisode du Zaïre, il y fit brièvement allusion (avec quelques erreurs de détail) devant des étudiants qui l’avaient interrogé sur les événements inhabituels survenus sous sa présidence.

    On présenta à Hal Puthoff une photo du site du crash.

    « Le cliché représentait une rivière brune turbulente et la queue métallique de l’avion de reconnaissance soviétique sortant de l’eau. La photo ressemblait tellement au premier dessin de Langford qu’on aurait dit que le médium s’était rendu sur place avant tout le monde, errant comme un fantôme entre les arbres et observant tranquillement ce qu’aucun œil mortel n’avait encore vu. » (Jim Schnabel) (6)

     

    8. Jack Vorona, Dale Graff, époque de l’administration Carter :

    A l’époque de l’opération du Zaïre le SRI recevait des fonds d’une demi-douzaine de sources, dont le Directoire du renseignement scientifique et technique (DT) de la DIA et le bureau de Dale Graff à Wright-Patterson. Il y eut bientôt l’unité de RV du général Thompson à Fort Meade. Mais les superviseurs des contrats au titre des différents bureaux de financement commencèrent à entrer en compétition les uns contre les autres… Au début de 1979 le financement et l’exécution des tâches furent coordonnés par la DIA, et les éléments séparés du projet furent désormais connus sous le nom de code collectif GRLL FLAME.

    Jack Vorona, un ancien physicien nucléaire, dirigeait la section DT de la DIA. Il était l’un des principaux scientifiques du Pentagone. Le budget pour le programme du SRI se situait maintenant entre 500.000 et 1 million de dollars par an, avec une douzaine de personnes salariées. Hal Puthoff avait engagé Ed May, un physicien expert en informatique, et le représentant du gouvernement sur place, Jim Salyer de la DIA, avait été formé pour pouvoir intervenir comme moniteur. Quand des tâches opérationnelles arrivaient, elles passaient d’abord par Jim Salyer, généralement sous la forme d’un courrier, d’un fax ou d’un coup de téléphone sécurisé.

    Pour les tâches opérationnelles, surtout lorsque le "visualiseur" était Ingo Swann, on utilisait des cibles de « calibrage » avant et après la séance principale. Ingo Swann pensait qu’il pouvait à peu près évaluer la précision de la séance opérationnelle à partir des résultats de l’exercice de « calibrage ». On distinguait les cibles de classe A (cibles purement pratiques), de classe B (cibles opérationnelles) et de classe C (objectifs de calibrage).

    Parmi les cibles confiées aux "visualiseurs" il y avait des sites de recherche et de production biologiques : Obolensk, Stepnogorsk, Berdsk, une île sur la mer d’Aral appelée Vozrozhdeniye, et dans la ville de Sverdlovsk où un accident militaire impliquant des spores d’anthrax aurait tué des centaines de civils en 1979. Au milieu des années 1980 la DIA et la CIA dressèrent une liste des sites soviétiques de ce type qui contrevenaient à un traité de 1972 interdisant les recherches sur les armes biologiques offensives.

    Les "visualiseurs" du SRI, particulièrement Gary Langford, contribuèrent à des opérations simultanément confiées aux "visualiseurs" de Fort Meade.

    « Les dessins et les descriptions de Langford du sous-marin géant Typhoon, à Severodvinsk en 1979, correspondaient très largement à ceux qu’avait fournis Joe McMoneagle à Fort Meade. Et cette concordance contribua à convaincre Jake Stewart et ses collègues du NSC de prendre ces informations au sérieux. Langford et Swann visualisèrent aussi le test nucléaire chinois avorté cette même année. Le premier décrivit précisément une explosion, mais qui n’avait rien de nucléaire. Swann, hélas, dévia sur une explosion nucléaire prématurée qui aurait tué des milliers de scientifiques chinois.

    Langford, Swann et les autres ciblèrent des sous-marins soviétiques en plongée. Entre autres choses on leur demanda d’espionner des failles particulières sous l’Atlantique, pour découvrir si des ‘‘tonnants’’ soviétiques – des sous-marins lance-missiles balistiques intercontinentaux – ne s’y cachaient pas. On demanda aussi à Swann et Langford de participer à une mystérieuse et urgente opération de récupération d’une arme nucléaire de l’OTAN perdue près de l’Espagne, autour de 1980. » (Jim Schnabel)

    Au début de 1979 Dale Graff dit à Hal Puthoff que l’Air Force entendait financer un projet considérable de plusieurs milliards de dollars, qui dépendait entièrement de la sécurité. Ce programme concernait notamment un nouveau missile balistique intercontinental, le MX, lequel devait être basé dans un endroit spécial, un site qui devait permettre d’éviter un nouveau Pearl Harbour… Hal Puthoff avait assisté à l’expérimentation idoine qui pouvait intéresser les gens de l’Air Force. Le parapsychologue Charles Tart (de l’Université de Californie à Davis) avait en effet effectué une expérience de dépistage de masse des aptitudes psi, avec un financement provenant du programme du SRI, un test basique utilisant des cartes de PES ayant été, au début, utilisé. Après avoir testé deux mille étudiants il fit un nouveau dépistage avec un test informatique de PES, ce qui permit à Charles Tart de sélectionner les dix meilleurs sujets. Il fit subir à ces derniers la dernière expérience qui utilisait essentiellement un programme de simulation informatique d’un jeu de bonneteau, avec dix coques à choisir, le projet que voulait financer l’Air Force s’inspirant en quelque sorte du jeu de bonneteau… Le sujet devait trouver sous quelle coque se trouvait la bille, l’ordinateur redistribuant aléatoirement, à chaque tour, l’ordre des coques. Le meilleur sujet de Charles Tart fut Mary Long. En appliquant les résultats au problème du MX, Hal Puthoff calcula qu’avec un tel taux de réussite, Mary Long trouverait le MX caché, avec une précision de 80 %, en seulement cinquante essais. Cela ne prendrait que quelques heures à Mary Long ou à une équipe de "visualiseurs" aussi performants qu’elle pour percer un dispositif à propos duquel le Pentagone s’apprêtait à dépenser des milliards de dollars. Mais l’Air Force, qui veillait jalousement sur le principe du bonneteau du projet MX, fit mine d’ignorer le rapport relatif à la RV. Hal Puthoff exposa les résultats de son étude MX à Jake Stewart au NSC, et Jake Stewart fit passer le rapport à d’autres responsables de l’administration Carter. Certains refusèrent d’admettre l’idée que des médiums puissent avoir un impact dans des dossiers stratégiques aussi importants, d’autres furent plus impressionnés.

    La bourse de Dale Graff ayant été révoquée, la carrière de celui-ci à Wright-Patterson arriva à son terme. Il rejoignit le groupe de Jack Vorona à la DIA.

    A la fin de l’administration Carter le programme du SRI atteignait son apogée. (7)

     

    9. Etudes diverses :

    - Il y eut des études de "RV précognitive". Dans ce cas on modifiait le pourcentage de chances de découvrir un objectif choisi par un ordinateur. Ainsi la cible 1 pouvait avoir 67 % de chances d’être choisie tandis que la cible 2 avait 33 % de l’être… Hal Puthoff et ses collègues voulaient savoir si un "visualiseur" était toujours aussi bon pour capter n’importe quel événement/cible ou si les objectifs plus rares, comme des événements inattendus de la vie réelle, étaient plus difficiles à « pré-visualiser », même avec le psi. Les données laissent entendre que les "visualiseurs" avaient tendance à voir le futur probable plutôt que le futur réel. Cela explique peut-être pourquoi les numéros de loterie et d’autres objectifs à faible probabilité sont difficiles à prévoir.

    - On réalisa aussi des expériences de RV longue distance portant sur des milliers de kilomètres. On pratiqua des simulations au cours desquelles les "visualiseurs" essayaient de voir des victimes kidnappées ou des bombes dissimulées par des terroristes. Beaucoup de travail fut réalisé sur des cibles techniques (centrales nucléaires, usines aéronautiques, etc.), afin de familiariser les esprits des "visualiseurs" avec les subtilités des technologies militaires.

    - On donna aux "visualiseurs" de nombreux tests de personnalité, afin d’analyser leurs habitudes, leurs humeurs et leurs systèmes de croyances, leurs réactions au stress, et d’autres variables. On leur fit passer des tests neurologiques, des électroencéphalogrammes, et on les emmena au Laboratoire national de Los Alamos pour procéder à des scanners poussés des ondes cérébrales à l’aide d’un "magnétoencéphalographe" supraconducteur. On cherchait la région du cerveau où les fonctions psi prenaient naissance, les lobes temporaux semblant impliqués dans le processus.

    - On testa les expériences de sortie hors du corps de Joe McMoneagle. On lui demandait de s’allonger et de parcourir « astralement » un couloir pour pénétrer une pièce fermée à clé. Il devait dire quel objet/cible avait été laissé par Hal Puthoff à l’intérieur. Auparavant ce dernier devait indiquer à Joe McMoneagle la direction de la pièce où se trouvait la cible, « afin que son corps astral ne perde pas son chemin ».

    - Au cours d’une expérience de RV avec Joe McMoneagle, un ordinateur se trouvant près de la salle de visualisation tomba soudainement en panne. On demanda au médium de recommencer délibérément à mettre l’ordinateur en panne, mais la plupart de ses actions "psychokinétiques" étaient accidentelles, à défaut d’être des coïncidences. Lors d’une réunion de l’Académie Américaine pour l’Avancement de la Science, Hal Puthoff et Russel Targ y firent accessoirement allusion en notant qu’il existait de « faibles perturbations observables des équipements au cours des séances de RV ».

    - Au début des années 1980 on étudia les possibles connexions entre la RV et l’état du champ magnétique terrestre. Cette recherche débuta après la lecture, par Hal Puthoff, d’un article de Michael Persinger, de l’Université Laurentian (Ontario). Soupçonnant que le psi est au moins véhiculé par les rayonnements électromagnétiques ELF, il avait réuni les données de centaines de témoignages ou de rapports d’expériences PES spontanées, en essayant de découvrir des corrélations entre ces données et plusieurs autres variables connues pour fluctuer d’un jour à l’autre.

    « Il déboucha sur une corrélation relative, montrant que les expériences PES avaient tendance à survenir plus souvent les jours d’activité magnétique faible ou quasi inexistante. A contrario cela laissait entendre que les tempêtes magnétiques intenses pouvaient d’une certaine manière interférer avec le psi. » (Jim Schnabel)

    La découverte de Michael Persinger semblait soutenir la théorie des ‘‘extrêmement basses fréquences’’, dès lors que les ‘‘parasites’’ magnétiques de niveau ELF dans l’atmosphère rendaient naturellement plus difficile pour le cerveau d’un "visualiseur" de détecter et donc de récupérer les signaux ELF de type psi. Ce serait « comme essayer d’écouter une station de radio grandes ondes faibles pendant un orage ». Hal Puthoff et ceux qui s’opposaient à la théorie des ELF estimaient que les parasites magnétiques pouvaient interférer avec le psi d’une autre manière, peut-être en provoquant des changements subtils dans les cerveaux des "visualiseurs", « en rendant plus difficile pour eux l’accès à leurs fonctions psi et peut-être également à des fonctions plus prosaïques ».

    Hal Puthoff construisit son propre mesureur du champ géomagnétique, avec l’aide de Marcia Adams, chercheuse de l’Université de Stanford, laquelle avait conçu des récepteurs basses fréquences pour l’armée. Les arbres semblant être d’excellentes antennes ELF, Hal Puthoff et Marcia Adams accrochèrent un petit amplificateur de signaux ELF à un grand chêne devant leur bâtiment du SRI, puis ils connectèrent la sortie du récepteur à un ordinateur qui produisait une valeur de champ ELF toutes les minutes. Ils découvrirent, comme Michael Persinger, une corrélation entre l’activité géomagnétique basse, dans la gamme des ELF, et la réussite des expériences psi. Hal Puthoff considéra que cette corrélation était trop infime pour que l’on s’en préoccupe. Et ni les pluies de protons, ni les rayons X, ni les orages géomagnétiques n’empêchaient les médiums du SRI d’accomplir leurs périples à travers le temps et l’espace.

    - En 1982 Hal Puthoff entendit parler d’une étrange expérience chinoise :

    « Elle se déroulait de la manière suivante : une série de caractères chinois tracés sur du papier de riz était placée au sommet d’une bande de film hautement sensible. Des détecteurs " électro-optiques" étaient aussi dirigés vers les caractères et le film, pour pouvoir déceler indépendamment toute apparition de lueur. Tout le dispositif était scellé à l’intérieur d’une boîte noire hermétique, empêchant le passage de toute lumière. Puis on demandait à un médium (ou un ‘‘sujet FBHE’’, pour utiliser la terminologie chinoise pour le psi, ‘‘Fonction biologique humaine extraordinaire’’) de visualiser à distance les caractères sur le papier de riz à l’intérieur de la boîte. Quand le sujet psi commença de visualiser, affirmèrent les chercheurs chinois, les détecteurs dans la boîte se mirent à enregistrer des impulsions lumineuses substantielles à des fréquences visibles et infrarouges, tandis que le film sensible, quand il fut récupéré et développé, avait été exposé à la forme des caractères chinois… mais seulement pour les caractères que le médium avait correctement visualisé ! » (Jim Schnabel)

    Au cours des premières expériences psi effectuées au SRI, Hal Puthoff avait demandé à Ingo Swann d’affecter la puissance du magnétomètre de Stanford. Le médium semblait y parvenir seulement quand il essayait de visualiser l’intérieur de l’appareil. Puis il y avait eu les pannes des ordinateurs pendant les séances de Joe McMoneagle. En utilisant des procédures de double aveugle Hal Puthoff et ses collègues placèrent des diapositives de sites/cibles choisies au hasard devant un tube photomultiplicateur sensible. Puis il demanda à des "visualiseurs" d’essayer de voir les sites depuis une autre salle.

    « En calculant la précision et la fiabilité des séances de RV, ils s’efforcèrent de trouver des corrélations entre celles-ci et les impulsions lumineuses enregistrées par le photomultiplicateur. Et ils découvrirent une corrélation significative, mais malheureusement elle était beaucoup plus faible que celle des Chinois. » (Jim Schnabel)

    Ils notèrent en outre que le photomultiplicateur enregistrait sans arrêt des impulsions éphémères, nonobstant le fait que le "visualiseur" soit en train d’opérer ou non. En somme les résultats ne semblaient pas justifier de nouvelles expérimentations de ce côté.

    Le principal problème de la RV – et le problème principal de toutes les formes de PES – est le rapport signal/parasite. Le « signal » - autrement dit l’information liée à la cible précise – « était trop éparpillé, trop faible, et trop inconsistant ». Quant au « parasite » - c’est-à-dire l’imagination et tout ce qui n’est pas relié à la cible -, il était trop important. A Fort Meade les "visualiseurs" considéraient que les séances de calibrage étaient sans intérêt, notamment à cause des grandes variations de précision qui semblaient intervenir d’une cible à l’autre, et à cause de la fatigue handicapante qu’une séance de calibrage ‘‘pré-opérationnelle’’ pouvait susciter…

    Il fallait soit augmenter le signal psi, soit diminuer le parasitage. On pouvait par exemple lancer plusieurs "visualiseurs" sur la même cible, jusqu’à ce que la consistance de leurs données (vraisemblablement le signal) dépassât clairement les « parasites » inconsistants. On pouvait aussi essayer de toucher directement le signal en faisant descendre le "visualiseur" dans un état modifié de conscience beaucoup plus profond « ou en utilisant des dessins ‘‘autonomes’’ des cibles produits par le subconscient, plutôt que des rapports verbaux ».

    Des rapports anecdotiques suggéraient un meilleur fonctionnement des PES quand la cible était vivante et traversait au même moment quelque événement stressant et spectaculaire. Certaines techniques se concentraient sur la réduction des parasites, par exemple le rituel de visualisation que la plupart des "visualiseurs" de Fort Meade utilisaient, en imaginant qu’ils enfermaient toutes leurs préoccupations dans une valise. Les Soviétiques ont apparemment utilisé des drogues et d’autres techniques de modification d’état de conscience afin d’apaiser les activités "non-psi" du cerveau.

     

    - "Mental Radio", parasitage et interférence analytique :

    L’épouse d'Hal Puthoff avait noté que les données les plus complexes et les plus analytiques étaient le plus souvent simplement fausses. Les utilisateurs des données de "visualiseurs", comme Norm Everheart de la CIA, avaient déjà appris à considérer avec beaucoup de scepticisme les autoanalyses que les "visualiseurs" faisaient de leurs propres données. Dans les années 1920 Upton Sinclair avait mené des expériences avec son épouse (Mary Craig Sinclair) et d’autres médiums apparemment doués. Dans son livre "Mental Radio" Upton Sinclair disait de son épouse qu’elle faisait fréquemment un bon dessin d’un objet, mais qu’elle le nommait mal. Il tira comme cible, au hasard, une houe, et elle écrivit qu’il s’agissait peut-être des ciseaux, peut-être des lunettes avec de longues tiges. Lorsque la cible fut constituée de bois de rennes, elle les appela « feuilles de houx ». Les rennes et le houx étaient tous les deux associés aux Noël de l’enfance de Craig.

    L’épouse d'Hal Puthoff savait que le cortex gauche du cerveau tendait à se spécialiser en données verbales, mathématiques et analytiques, et il lui semblait clair que la RV impliquait fondamentalement d’autres parties plus primitives du cerveau, comme celles qui se spécialisent dans les données visuelles, spatiales et sensorielles. Les neuroscientifiques et les psychologues qu’Hal Puthoff consulta à propos du programme de RV soutinrent cette observation. Pour eux une incapacité permanente à reconnaître les données alphanumériques et à mettre des noms précis sur des dessins (corrects) était une caractéristique typique des patients ayant subi des dommages du cerveau gauche, c’est-à-dire ceux qui étaient forcés, comme les "visualiseurs", d’utiliser d’autres parties de leur cerveau. Les "visualiseurs", comme les patients au cerveau gauche endommagé, avaient aussi tendance à avoir des problèmes avec la « droite » et la « gauche », les dessins et diagrammes qu’ils dessinaient étant parfois des images miroirs des cibles exactes.

    « Mais il y avait encore un autre aspect derrière tout cela. Quand un RV désignait une cible de manière erronée - par exemple en parlant de ‘‘houx’’ à la place de ‘‘bois de cervidés’’ -, l’erreur avait souvent quand même une sorte de sens. Le ‘‘houx’’ et les ‘‘bois’’‘ étaient tous les deux liés non seulement par leur forme d’arbre – leur Gestalt, comme Swann l’appelait –, mais aussi par leur connexion conceptuelle avec Noël. » (Jim Schnabel)

    C’était comme si les données psi jaillissant de quelque part dans le cerveau du "visualiseur" « étaient si sommaires que seules les perceptions et associations les plus basiques pouvaient en être extraites ». Ainsi le cerveau de Mary Craig Sinclair, s’efforçant d’accorder des données incomplètes (une forme d’arbre, un rapport avec Noël) à des objets ou images stockés dans sa mémoire, avait sorti « houx », ce qui était proche de la cible, mais pas suffisant. Ingo Swann nota qu’il semble raisonnable de penser « que nous avons affaire à des sortes de fonctions analytiques automatiques », celles-ci étant, hypothétiquement, « la source des réponses diluées ou erronées ». En d’autres termes les associations générées par le cerveau dans sa tentative de donner du sens aux informations de RV constituaient une partie, si ce n’est tout, du « parasitage ». Ingo Swann baptisa ce parasitage : « interférence analytique », et il chercha des moyens de l’identifier dans les séances de RV.

    « Il entendait structurer les séances de RV de manière à ce que l’on ignore l’essentiel des informations analytiques au départ, c’est-à-dire au moment où elles avaient le plus de chances d’être erronées, pour les prendre en compte ultérieurement quand elles risquaient davantage d’être exactes. En d’autres termes il voulait enseigner au cerveau la bonne manière de faire fonctionner le psi. » (Jim Schnabel)

    Lors d’un colloque de parapsychologie Hal Puthoff écouta Serena Roney-Dougal, une jeune diplômée britannique, dont le directeur de thèse était Norman Dixon, un psychologue renommé qui venait de publier un livre sur la perception subliminale (laquelle intervient sous le seuil de la conscience). Dans sa conférence Serena Roney-Dougal développa l’idée selon laquelle la PES était un peu comme une perception subliminale. Pour Hal Puthoff il s’agissait là d’une idée majeure. Hal Puthoff et Ingo Swann montrèrent quelques-unes de leurs données de RV à Norman Dixon. Ce dernier fut si impressionné par le lien apparent entre la RV et la perception subliminale qu’il écrivit un court article sur le sujet pour un journal de parapsychologie, article que, bien sûr, ses collègues psychologues ignorèrent totalement.

     

    10. La technique de RV d'Ingo Swann :

    « En 1980 Swann avait déjà commencé à développer une nouvelle technique de RV qui pourrait isoler le signal psi de l’interférence analytique parasite. Son idée maîtresse était la suivante : il avait remarqué que lorsque le parasitage analytique apparaissait au cours d’une séance de RV, les données se présentaient presque toujours sous la forme ‘‘comme un…’’, ‘‘il semble être un…’’ ou ‘‘il me rappelle un…’’. Tous ces qualificatifs, et particulièrement le comparatif ‘‘comme’’, devinrent pour Swann un signal indiquant que le parasitage analytique allait suivre. Au cours de ses propres séances il se mit à cataloguer ces informations comme ‘‘AOL’’, ce qui signifiait qu’il posait immédiatement son stylo et qu’il s’efforçait de se sortir de la tête les données probablement erronées. Plus tard, en analysant la séance, les données étiquetées ‘‘AOL’’ – si elles étaient intervenues relativement tôt au cours de la séance – seraient ignorées ou traitées comme des informations ayant, au mieux, une sorte d’association ténue de niveau Gestalt avec la cible.

    Mais si la donnée AOL intervenait relativement tard au cours de la séance, Swann n’était pas forcément en mesure de l’écarter aussi facilement. Il croyait que les données AOL, si les choses se déroulaient correctement, tendaient à converger sur la cible à mesure que la séance avançait tranquillement, de même que plus une personne est exposée à un stimulus subliminal, plus son analyse de celui-ci sera claire.

    Si la cible était, disons, les grandes pyramides d’Egypte, des AOL initiaux comme ‘‘gratte-ciel’’ ne seraient d’aucune aide. Mais les AOL qui arrivaient un peu plus tard, estimait Swann, avaient tendance à être plus utiles : ‘‘comme une tombe’’, ‘‘comme une tente’’, ‘‘me rappelle le Nil’’. » (Jim Schnabel)

    Pour Ingo Swann il devint clair que les "visualiseurs" devaient différer à la fin de la séance les données de type AOL les plus riches en informations, pour ne conserver au début que les données les plus brutes et les plus basiques.

    Ingo Swann parla du signal psi comme d’un flux d’information passant par une « ouverture ». Au début de la séance cette ouverture était minuscule et le flux n’était qu’un filet. Mais à mesure que la séance avançait l’ouverture s’élargissait et le filet se transformait en véritable flot. La visualisation à distance avait donc une structure naturelle.

    Le livre du peintre et critique Rudolf Arnheim, « Art and Visual Perception », fut certainement la source première de ce qu'Ingo Swann devait appeler l’Etape 1 de son système de visualisation à distance.

    « Dans le livre Arnheim traitait de la perception subliminale et d’autres formes de perception à faible stimulus. Il indiquait que pour une image juste entraperçue, seuls les traits les plus essentiels étaient perçus correctement. En d’autres termes seule la Gestalt visuelle était perceptible. Tout le reste n’était que le produit de l’imagination.

    Swann avait déterminé que ce qui fonctionnait pour la perception subliminale ordinaire devait fonctionner pour la visualisation à distance. Il décida donc que la capture visuelle de la Gestalt d’une cible de RV donnée devait être le but de l’Etape 1. » (Jim Schnabel)

    Ingo Swann voulut concevoir une méthode pour y parvenir, et pour ce faire il s’inspira de la description que Rudolf Arnheim donnait du processus permettant aux individus de voir les choses. En observant ses propres séances de RV et celles des autres, Ingo Swann estima que le type d’information dont parlait Rudolf Arnheim était accessible au "visualiseur" au début de la séance, cette information étant disponible sous une forme autonome et kinesthésique. Ingo Swann sentait sa main faire des mouvements pour décrire les caractéristiques basiques de la cible, exactement comme ses yeux auraient balayé la cible du regard s’il l’avait contemplée dans la vie réelle.

    « La main de Swann semblait vouloir dessiner l’information automatiquement. Dans certains cas, comme Hal Puthoff le lui signala, Swann agitait même son stylo au-dessus du papier, comme s’il griffonnait dans l’air.

    En étudiant ces croquis préliminaires – qui généralement ne prenaient qu’une seconde ou deux – Swann décida qu’ils contenaient souvent les éléments basiques visuels et kinesthésiques des cibles. Si la cible était une montagne le dessin préliminaire ressemblait souvent à un V inversé. Si la cible était un endroit dans le désert le croquis avait tendance à ne consister qu’en lignes plates. Si c’était un immeuble le dessin pouvait contenir des angles droits, ce qui intervenait quasi exclusivement pour des choses créées par l’Homme.

    Alors que sa main formait rapidement ces images, Swann essayait aussi de sentir les caractéristiques basiques kinesthésiques de la cible, sa texture, ses hauts et ses bas, sa dureté ou sa douceur. Il appelait les images ‘‘idéogrammes’’ et les descriptions ‘‘texturalokinesthésiques’’ ‘‘élans sensoriels’’.

    Swann reprenait simplement, naturellement, l’idée d’Arnheim sur la perception visuelle et la calquait sur la RV, en essayant de faire en sorte que cela fonctionne. Mais il était convaincu que cela fonctionnait et il parvint à en convaincre Puthoff et les autres du SRI. » (Jim Schnabel)

    Dès qu’un "visualiseur" sous la tutelle d'Ingo Swann inscrivait les coordonnées du site/cible, en fait avant même qu’il ait relevé son stylo du papier, le "visualiseur" laissait sa main faire une esquisse rapide nourrie par les sensations kinesthésiques qui s’immisçaient dans son système nerveux, avant d’exprimer verbalement ses « élans sensoriels » et, peut-être déjà, une interprétation de ce que pouvait être la Gestalt de la cible. Si la cible était un point perdu dans l’océan, idéalement le "visualiseur" « allait rapidement dessiner une ligne presque plate et légèrement ondulée, en exprimant simultanément sa sensation de douce ondulation ». Alors il allait écrire les mots « doux », « ondulé », et son interprétation serait : « de l’eau ». Ingo Swann voyait cette manifestation de perception psi structurée de quelques secondes comme la clé d’une RV réussie.

    Ingo Swann pratiqua avec les idéogrammes pendant de nombreux mois.

    « Quand il commençait une séance et qu’il pensait que son idéogramme était incorrect, voire qu’il n’y avait pas d’idéogramme du tout, il annonçait simplement : ‘‘échec’’. Alors il marquait une pause de plusieurs secondes. Puis il réécrivait les coordonnées en donnant une seconde chance au jaillissement kinesthésique de la ligne de signal de se répandre à travers son bras, puis sur le papier. Cela pouvait durer plusieurs minutes, jusqu’à ce que ses idéogrammes commencent à donner une forme consistante. Dès que c’était fait et qu’il identifiait leur signification il passait souvent à quelque chose de très différent en décrivant un nouvel aspect de la cible – comme s’il voulait dire ‘‘il est temps de passer à autre chose’’. Swann lui-même exprimait oralement ses pensées pendant les séances, déclamant tous les mots qu’il écrivait et écrivant tout ce qu’il disait. Il croyait que cela permettait aux deux moitiés de son cerveau, via ses oreilles et ses yeux, de rester parfaitement en prise avec ce qui se passait. » (Jim Schnabel)

    Les idéogrammes et leur interprétation formaient l’Etape 1. Ingo Swann découvrit que dès qu’il s’était débarrassé de l’idéogramme « les perceptions sensorielles basiques commençaient à surgir sur son seuil liminal pour pénétrer dans sa conscience : ‘‘dur’’, ‘gris’’, ‘‘grondement’’, ‘‘blanc’’, ‘‘raide’’, ‘‘mouvement’’, ‘‘odeur d’eau’’. »

    « Si une image ou un mot un peu plus complexe, comme ‘‘fontaine’’, survenait, il allait s’exclamer ‘‘pause AOL, fontaine’’. Puis il écrivait sur sa feuille de papier ‘‘AOL brk’’ et en dessous ‘‘fontaine’’. Alors il posait son stylo et marquait une pause de quelques secondes pour essayer de vider son esprit des informations parasites.

    Après une série de perceptions au cours de cette Etape 2, Swann commençait souvent à verbaliser certaines sensations esthétiques, comme ‘‘stupéfiant’’ ou ‘‘à couper le souffle’’. Comme ces sensations surgissaient parfois dans sa conscience assez puissamment, en générant leurs propres associations AOL, Swann apprit à faire également de rapides pauses dès qu’intervenait ce qu’il appelait des ‘‘impacts esthétiques’’ (en abrégé AI, pour ‘‘aesthetic impact’’), et il notait sur sa feuille ‘‘AI brk’’.

    Dans le système de Swann les ‘‘impacts émotionnels’’ (EI, pour ‘‘emotional impacts’’) étaient reliés aux AI, tout en étant subtilement différents. Il pouvait s’agir d’émotions que d’autres présents sur le site ressentaient ou auraient dû normalement ressentir pendant qu’ils se trouvaient là. Alors il notait sur sa feuille de papier quelque chose comme ‘‘EI brk, routine – Je me sens las’’. » (Jim Schnabel)

    Après une minute environ d’Etape 2 les données passaient souvent à ce qu'Ingo Swann appelait les « dimensionnels » : des perceptions comme « grand », « étendu », « épais », « lourd »… Il définit ceux-ci comme la transition vers l’Etape 3.

    « A ce stade le visualiseur ressentait souvent le désir pressant de réaliser de relativement grands dessins rudimentaires. Leur signification n’était peut-être pas claire immédiatement – voire elle ne devait jamais l’être -, mais à mesure qu’ils se développaient, parfois sur des pages et des pages, ils pouvaient commencer à laisser transparaître quelque chose de la cible. Par exemple, si cette dernière était un barrage hydroélectrique, Swann pouvait dessiner plusieurs lignes formant une pente raide sur la page, tandis qu’un trait horizontal les reliait au sommet et qu’une ligne incurvée se trouvait à la base.

    A ce moment les AOL deviennent plus fréquents puisque l’esprit essaye automatiquement d’identifier ce que représente le dessin. Swann pouvait se retrouver à noter toute une litanie de ‘‘pauses AOL’’ (AOL breaks) - ‘‘AOL brk, mur’’, ‘‘AOL brk, pente de montagne’’… - et à rejeter ces informations comme étant de probables parasites. » (Jim Schnabel)

    Pendant longtemps Ingo Swann ne put pas développer sa technique de RV au-delà de l’Etape 3. Il manquait une Etape 4 permettant d’obtenir des informations plus complexes et sans parasite concernant la cible et notamment sa fonction ou son but.

    « Après plus d’un an de bricolage et d’expérimentation Swann décida tout simplement d’écrire une série de rubriques d’ordre général en haut d’une feuille de papier vierge, en allant de gauche à droite. Il plaçait son stylo sous chaque colonne et le glissait vers l’information désirée. Les rubriques choisies reprenaient les informations habituelles des étapes précédentes : perceptions sensorielles de l’Etape 2, AI, EI et AOL. Mais Swann ajoutait également les rubriques ‘‘tangibles’’ et ‘‘intangibles’’. Sous ‘‘tangibles’’ (des choses comme ‘‘béton’’, ‘‘acier’’, ‘‘machines’’, ‘‘câbles’’, ‘‘énergie’’…) on trouvait des objets matériels, relativement physiques. Sous ‘‘intangibles’’ (‘‘public’’, ‘‘pratique’’, ‘‘nécessaire’’…) on avait des concepts ou des fonctions associés. Les deux catégories pouvaient recueillir des notions relativement parasites, mais Swann pensait qu’à ce point de la séance de RV la conscience subliminale avait déjà été en contact avec le signal de manière intermittente au cours des trois premières étapes et pendant au moins plusieurs minutes. Ainsi il avait pu rassembler des informations analytiques beaucoup plus précises qu’au début.

    Et pendant ce temps Swann continuait de déplacer son stylo de long en large sur la page, d’exprimer oralement les sensations qui lui venaient, et d’écrire. Et, de temps en temps, le médium ressentait l’envie de faire un nouveau dessin. Ensuite il revenait vers ses feuilles de papier pour commencer une nouvelle matrice ou achever l’ancienne. Et au bout du compte, si tout se passait bien, les derniers fragments d’informations verbales et graphiques tombaient et Swann pouvait faire un ‘‘dessin analytique’’ ultime qui assemblait tous les éléments majeurs de la cible et permettait de l’identifier. » (Jim Schnabel)

    On trouve, dans le livre de Jim Schnabel, un exemple, avec dessins à l’appui, de séance RV par les coordonnées, avec ses quatre étapes, la cible étant un centre de commutation téléphonique (correctement identifié) de Manhattan.

    Ingo Swann mit au point des méthodes de recherches de détails pour des objets spécifiques sur le site/cible, qu’il allait explorer dans l’Etape 5. Au cours de l’Etape 6 Ingo Swann passait à des représentations tridimensionnelles de l’objet. Il construisait un objet d’argile et notait de nouvelles idées sur une « Matrice Etape 6 ». Dans l’Etape 7 il tentait d’exhumer le nom réel du site, et pour cela il prenait une profonde inspiration puis murmurait de brefs « phonèmes » jusqu’à ce qu’il commence à faire le point sur le nom : « vah », « huh », « dah », « huh », « vah », « dah », « muh »… « Hoover Dam » (le « barrage Hoover »). Un ou deux de ses étudiants semblai(en)t exceller à ce petit jeu. Mais Ingo Swann renonça finalement à utiliser lui-même cette technique de phonèmes car il l’estimait trop encline au parasitage. On notera que Joe McMoneagle fut probablement le meilleur pour récupérer les noms des sites, mais cela survenait généralement de manière spontanée et il n’apprit jamais la technique d'Ingo Swann.

    - Ingo Swann découvrit aussi des pièges intéressants menaçant les "visualiseurs", auxquels il ne put s’empêcher de donner des noms. Il y avait ainsi le « conducteur d’AOL » ("AOL drive") qui intervenait quand un AOL était si puissant que le "visualiseur" ne pouvait le sortir de sa tête et qu’il « coiffait » ou « véhiculait » alors tout le reste des données de la séance. Pour éviter le conducteur d’AOL le "visualiseur" devait arrêter la séance pendant un jour ou deux, voire définitivement.

    Il y avait aussi la « roue du paon » ("peacocking") qui survenait quand un AOL en entraînait un autre dans une « spirale colorée » qui éloignait de plus en plus le "visualiseur" de la cible. Il y a également l’« épuisement » ("burnout") et le « surmenage » ("overtraining"), qui venaient d’un excès de visualisation à distance. La « pause pour cause de trop-plein » ("too much break") se produisait quand les "visualiseurs" étaient submergés par un afflux de données au cours d’une séance, et la « pause pour cause de confusion » ("confusion break") intervenait quand les "visualiseurs" sentaient que les données arrivaient, mais qu’apparemment elles ne pouvaient les emmener vers l’objectif.

    - Il y avait aussi le phénomène de l’« interférence télépathique ». Parfois le "visualiseur" reproduisait au cours de sa propre séance des données erronées que d’autres "visualiseurs" avaient déjà manifestées, ou des informations qui se trouvaient dans l’esprit du moniteur. Il n’y avait apparemment pas grand-chose à faire pour la neutraliser, si ce n’est éviter d’informer les moniteurs sur les cibles au cours des séances opérationnelles. L’existence de cette interférence signifiait que deux séances de RV par deux "visualiseurs" n’étaient peut-être pas aussi « indépendantes » qu’on aurait pu le supposer. Le phénomène de la « visualisation à distance de votre feedback » ("remote viewing your feedback") était lié à l’interférence télépathique. Au cours de celle-ci le "visualiseur", au lieu de visualiser la cible réelle désignée par les coordonnées, réceptionnait l’image ou le feed-back de la photographie contenue dans l’enveloppe/cible. Il parvenait à la reproduire précisément, même si elle contenait des éléments qui ne se trouvaient plus sur le site même de l’objectif.

    Si ces phénomènes pouvaient être très destructeurs Ingo Swann et Harold Puthoff étaient néanmoins satisfaits qu’ils n’interviennent que très occasionnellement, surtout avec les "visualiseurs" expérimentés.

    Au début des années 1980 la nouvelle technique d'Ingo Swann suscitait un vif intérêt auprès des clients de GRILL FLAME à Washington. Et simultanément, au SRI, Harold Puthoff et les autres commençaient à employer la nouvelle terminologie « swanienne »…

    Une bonne partie des principes du système de RV d'Ingo Swann avait été identifiée par d’autres chercheurs psi. Upton Sinclair avait noté l’existence de ce qu'Ingo Swann appelait des « interférences analytiques », ainsi que celle des interférences télépathiques. Il écrivit que les dessins de son épouse contenaient parfois des choses qui ne se trouvaient pas dans les dessins de l’objectif, mais qui se trouvaient par contre dans l’esprit d’Upton Sinclair au moment où il les réalisait ou quand son épouse se « concentrait ». En outre, vers 1982, Hal Puthoff tomba sur une traduction ancienne d’un livre de René Warcollier, cet ouvrage étant pour l’essentiel une version publiée d’une conférence que René Warcollier avait faite à la Sorbonne au cours de l’été 1946. Hal Puthoff fut fasciné de découvrir que le Français, encore plus qu'Upton Sinclair, avait anticipé les observations d'Ingo Swann sur la RV.

    Ingénieur chimiste d’origine, René Warcollier avait fait fortune au début du vingtième siècle grâce à l’invention d’un processus chimique qui permettait de transformer les écailles de poissons en bijoux artificiels. Vers 1909 il commença à faire des expériences de télépathie. Hal Puthoff envoya le livre de René Warcollier à Ingo Swann, avec une lettre dans laquelle il précisa à ce dernier que René Warcollier traitait de tout ce qu'Ingo Swann avait découvert : les interférences analytiques (appelées « élaborations secondaires »), les interférences télépathiques (appelées « contagions mentales »), la perception plus aisée (que les images statiques) des éléments dynamiques ou kinesthésiques, le caractère plus fiable du dessin (comparé aux mots), les données télépathiques étant traitées à un niveau d’organisation "pré-linguistique", etc. Et René Warcollier rattachait le tout aux bases de ce que les psychologues perceptuels savent des commencements de la perception ordinaire chez l’enfant et les primitifs.

    Au début des années 1980 Ingo Swann commença à former d’autres "visualiseurs" à sa technique en développement, afin d’acquérir de nouvelles idées sur le fonctionnement de la RV et d’établir la faisabilité d’un programme de formation formel qui pourrait être vendu à des responsables de GRILL FLAME au sein de la DIA et de l’armée.

    « Sous la direction de Swann des photos et des descriptions de cibles-tests, conçues pour permettre un large champ de perceptions psi, furent découpées dans de vieux exemplaires du "National Geographic" par Martha Thompson, la jeune secrétaire du labo de RV. Elle trouvait les coordonnées géographiques des cibles sur un atlas ou sur des cartes plus précises fournies par le Pentagone. Pour chaque cible elle préparait une chemise kraft avec une courte description manuscrite de la cible sur l’étiquette et les coordonnées écrites en grosses lettres sur le côté. Le visualiseur commençait avec les coordonnées, puis, après la fin de la séance, il pouvait regarder la photo de la cible à l’intérieur de la chemise.

    En tout il y eut environ une douzaine de volontaires formés par Swann au SRI de 1980 à 1982. La plupart étaient des employés du SRI qui, autrement, travaillaient sur des projets qui n’avaient pas de rapport avec le psi. Quelques-uns étaient des amis de Swann, engagés temporairement par le SRI. » (Jim Schnabel)

    L’informaticien et ufologue Jacques Vallée fut l’un de ces stagiaires. Il participa à des séances collectives de RV avec des utilisateurs de réseaux informatiques, bien qu’il semblât éprouver des difficultés avec le système d'Ingo Swann. Hal Puthoff lui-même compta, au moins brièvement, au nombre des stagiaires. Il se révéla un raisonnablement bon "visualiseur". Une des cibles d’entraînement sur lesquelles il travailla était une cascade au Brésil. Il la dessina et la décrivit très correctement, et il se montra très sensible aux senteurs humides des Tropiques. Une autre cible fut une usine chimique de la firme "Union Carbide". Hal Puthoff sentit la fumée, les cheminées et les flammes, il huma les odeurs chimiques âcres, et il sortit l’AOL « raffinerie de pétrole ».

    Parmi les autres stagiaires il y eut Gary Langford et Hella Hammid. En mai 1980 Ingo Swann leur communiqua les coordonnées du mont Sainte-Hélène, un volcan en éruption qui présentait « une déroutante juxtaposition sensorielle de feu et de glace ». Une autre fois un stagiaire travailla sur un site qui lui semblait désolé, froid et dangereux. « Des gens viennent ici et en repartent », nota-t-il sur sa feuille de papier. Les coordonnées fournies correspondaient à la mer de la Tranquillité, le site lunaire où les astronautes d’Apollo XI s’étaient posés. Comme le mont Sainte-Hélène c’était un bon site d’Etape 2, comme Ingo Swann aimait le dire, parce que ses associations sensorielles basiques étaient intenses et spectaculaires. Les sites d’Etape 3 étaient ceux qui avaient des caractéristiques évidentes et distinctes qui pouvaient facilement être dessinées, comme le monument Washington, haut et élancé, ou le Taj Mahal avec son dôme. Les sites d’Etape 4 étaient ceux qui avaient une fonction clairement définie, autrement dit qui allaient venir se placer directement dans la colonne « Intangibles », comme « puissance électrique ». Et puis il y avait les sites d’Etape 1. Ingo Swann raconta l’histoire d’une cible qu’il avait confiée à Hella Hammid, les coordonnées de cette cible désignant un précipice au-dessus de la passe de Khaybar, entre l’Afghanistan et le Pakistan. Les caractéristiques kinesthésiques du site étaient apparemment si fortes que la main d’Hella Hammid, en formant l’idéogramme initial, descendit brutalement, sortit du papier et même de la table. (8)

    Alain Moreau

     

    http://www.mondenouveau.fr


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