• VISION A DISTANCE ET ESPIONNAGE EXTRASENSORIEL

     

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    VISION A DISTANCE ET ESPIONNAGE EXTRASENSORIEL

     

     

    PARTIE I

     

    Le 31 janvier 2012, on a vu dans le journal télévisé de France 2, vers 20 heures 30, un reportage sur l'utilisation et le développement de l'intuition. On y a montré notamment un stage de "remote viewing" ou vision à distance, avec Alexis Champion. Deux journalistes ayant tenté l'expérience, l'une d'elles a perçu des éléments descriptifs qui correspondaient fort bien à la nature de la photo qui se trouvait dans une enveloppe, cette photo représentant la galerie des glaces du château de Versailles. Malheureusement, et comme il sied aux reportages télévisés évoquant le "paranormal", on a aussi donné la parole au rationaliste de service, en l'occurrence ici un psychiatre, lequel a mis en avant une explication simpliste ayant pour objet d'évacuer tout caractère probant à ces perceptions, tout en affirmant au passage qu'il n'y a pas d'études scientifiques validant ce phénomène. Cette dernière affirmation est pourtant fausse, dans la mesure où le "remote viewing" a bien fait l'objet d'études depuis le début des années 1970, comme je le développe dans plusieurs pages consacrées à ce sujet. En outre, ce psychiatre est totalement inconnu dans le domaine du "remote viewing". Les journalistes sont manifestement allés chercher le premier "scientifique" qu'ils avaient "sous le coude" pour apporter la contradiction rationaliste (mais pas rationnelle) au sujet traité...

    Par ailleurs, en mai 2012, j'ai vu Mac Lessgy - le "binoclard" du magazine E = M6 - présenter un reportage sur les personnes handicapées qui peuvent interagir, via leurs pensées, avec un appareil. Son introduction du sujet était celle-ci : "Il ne s'agit pas de télépathie ou de paranormal, c'est sérieux." Il ne faut évidemment pas s'étonner que ce type d'individu fasse (parmi beaucoup d'autres) ce type de commentaire déniant tout caractère sérieux à la télépathie et au "paranormal". Un scientiste parmi beaucoup d'autres...

     

     

    Ce texte est relatif à ce que l’on appelle, en parapsychologie, la vision à distance, une forme de clairvoyance permettant de décrire ce qui se passe dans des lieux éloignés. Je consacre, à ce sujet, plusieurs pages du site.

    Les éditions du Rocher ont publié, en 2005, un livre de Jim Schnabel paru aux Etats-Unis en 1997 : « Espions Psi ». Cet ouvrage est consacré à l’histoire de l’espionnage militaire extrasensoriel américain. Il s’agit du livre de référence indispensable pour toute personne intéressée par ce sujet. Le livre est préfacé par Patrick Drouot, un auteur bien connu en France pour son exploration des états modifiés de conscience et des thérapies « vibratoires » (avec ‘‘lecture’’ des corps énergétiques). Il a notamment procédé à des recherches sur les « vécus antérieurs » (accès aux mémoires de vies antérieures) de nombreuses personnes.

    Sur le plan hisorique, on peut noter que les Israélites de l’Ancien Testament auraient utilisé militairement les dons de l’un de leurs prophètes, Elisée. Les Grecs avaient leurs oracles, et l’espion élisabéthain John Dee consultait des médiums et questionnait des « anges », voyant tout à travers sa boule de cristal. (1)

     

    I. GONDOLA WISH et GRILL FLAME :

    Dans son livre, Jim Schnabel a détaillé l’implication de divers personnages dans les recherches sur la vision à distance.

    Mel Riley fut muté, en 1976, à Fort Meade (Maryland), et Skip Atwater, un officier sorti de l’école d’espionnage de Fort Huachuca (Arizona), arriva à Fort Meade au cours de l’été 1977. Skip Atwater hérita du bureau du colonel Kowalski, les deux hommes s’intéressant fortement aux phénomènes psi. Et la mère de Skip Atwater croyait fortement dans le paranormal et le « surnaturel ». Au cours de son adolescence, il avait semblé être capable de sortir de son corps, et au début de sa carrière militaire il avait entendu parler des recherchespsi faites dans les pays de l’Est, dont l’Union Soviétique. Il apprit aussi que la recherche psi de la CIA avait été entreprise dès 1972, au Stanford Research Institute (SRI), Menlo Park (Californie). Les chercheurs du SRI s’étaient concentrés sur la clairvoyance à des fins d’espionnage : la « vision à distance » (‘‘Remote Viewing’’ ou RV). Skip Atwater proposa au colonel Robert Keenan qu’une petite équipe de RV soit réunie, ses membres pouvant être recrutés parmi le personnel du renseignement militaire.

    Le projet de Skip Atwater reçut initialement le nom de code : GONDOLA WISH.Skip Atwater et le major Scotty Watt sélectionnèrent les candidats, parmi lesquels figuraient Mel Riley et Joe McMoneagle. Le groupe qu’ils sélectionnèrent était composé en grande partie de ‘‘photo-interprètes’’. L’un des individus sélectionnés avait, en 1975, expérimenté une sortie hors du corps au cours de laquelle il avait rencontré une sorte d’entité lumineuse, aimante et bienveillante, qui l’avait bouleversé.

    La première séance de RV fut réalisée par Mel Riley : une « RV mobile » au cours de laquelle un expérimentateur « mobile » (ici : Scotty Watt) se dirigeait vers un site choisi au hasard. Le « visualisateur à distance » devait décrire l’environnement du sujet mobile en faisant des croquis spontanés et en verbalisant les impressions venant à la conscience. Mel Riley identifia certains éléments de la cible, mais pas très précisément. Les six membres les plus prometteurs de l’équipe se rendirent sur le campus du SRI (Melo Park, Californie) pour des expériences de RV mobiles.

    Un jour, on demanda à Mel Riley de « cibler » Scotty Watt. Mel Riley eut un goût de chocolat en bouche et il vit un bocal de verre plein de pièces de monnaie. Puis il sentit une route et un groupe de voitures. Scotty Watt emmena Skip Atwater et Mel Riley sur le site/cible, une concession Volkswagen, le long d’une grande route à quelques kilomètres de Fort Meade. Au début de la séance, Scotty Watt s’était trouvé dans une supérette où il avait acheté et mangé une barre de chocolat, un bocal plein d’argent se trouvant sur le comptoir près de la caisse.

    Skip Atwater essaya de gagner la loterie du Maryland, mais les ‘‘visualiseurs’’ échouèrent. Mel Riley et Joe McMoneagle ne purent non plus découvrir un trésor qui aurait été enterré quelque part en Virginie.

    Le major général Thomson essaya, lui, de « visualiser » à distance le major Stone. Thompson eut l’impression de « voir » le Lincoln Memorial sur le Mall, près du Capitole. Or, le major Stone s’était rendu à la gare d’Alexandria, à plusieurs kilomètres au sud du Pentagone. Mais, sur le site, Thompson put voir, à quelques centaines de mètres, un autre bâtiment, le Temple maçonnique, avec une pièce d’eau, et dont l’apparence correspondait à ce qu’il avait « vu ». Thompson conclut qu’il s’était focalisé sur le Temple et qu’il l’avait pris par erreur pour le Lincoln Memorial. Quelques semaines après, à bord d’un avion, Thompson réalisa, en passant au-dessus d’Alexandria, que ce qu’il voyait était une version plus claire de ce qu’il avait entraperçu pendant la séance de RV.

    Fin 1978, GONDOLA WISH connut une transformation grâce à ce qu’un mémo ultérieur de l’armée appellera « des résultats préliminaires et un haut degré d’intérêt ». L’unité fut alors connue sous le nom de « Service d’action spéciale », et le nom de code fut remplacé par GRILL FLAME. GRILL FLAME était un programme secret lancé par le Pentagone sous la direction du major général Thompson, chef d’état-major adjoint de l’armée, chargé du renseignement. L’unité comportait quelques ‘‘remote viewers’’(‘‘visualiseurs’’ à distance) sous la direction de Frederick Holmes Atwater (dit Skip). On demanda à cette unité spéciale du renseignement militaire de prédire la zone de chute de "Skylab" (dont on attendait le retour en juillet 1979). L’adjudant-chef Joe McMoneagle visualisa la station orbitale tomber dans le Pacifique Sud entre l’Australie et l’Indonésie. Quelques semaines après, "Skylab" rentra dans l’atmosphère au-dessus de l’Australie orientale… Voici d’autres cas :

    - Premier cas.Un avion de chasse A-6 de la Navy avait été perdu quelque part dans le monde. Ken Bell décrivit une zone boisée et les vestiges noircis de l’appareil et de l’équipage. Plusieurs fois au cours de la séance, il capta le mot « bald » (chauve). Plus tard Skip Atwater découvrit que l’avion s’était écrasé sur le flanc d’une colline dans la chaîne montagneuse des Blue Ridge Mountains (une partie des Appalaches, Virginie), la colline s’appelant "Bald Knob" (« Mont Chauve »).

    - Deuxième cas.Un hélicoptère américain était tombé dans un coin perdu du Pérou. Ken Bell se vit dans les hauteurs des Andes, sur le site du crash, avec le pilote et le copilote morts, brisés et brûlés. Ken Bell se mit à sangloter sans pouvoir se contrôler et la séance dut être interrompue.

    - Troisième cas.On fournit à Skip Atwater le nom du ‘‘case officer’’ (officier traitant en charge d’une affaire) d’un agent en place dans un pays de l’Europe de l’Est, ainsi qu’une date et une heure, cet agent devant passer un test au détecteur de mensonges. Le fonctionnaire de la CIA qui avait apporté cette mission voulait que les « visualiseurs » espionnent le ‘‘case officer’’ à ces date et heure, sachant qu’il se trouverait à ce moment avec l’agent. Joe McMoneagle décrivit deux hommes réunis dans un restaurant et le porte-documents que l’un des deux – l’agent – avait avec lui et dans lequel se trouvait, dit Joe McMoneagle, beaucoup d’argent. Une semaine environ après, l’examinateur rencontra l’agent pour son test et demanda à ce dernier s’il pouvait lui parler de tout l’argent qu’il transportait dans sa mallette la semaine dernière. L’agent, stupéfait, demanda comment il pouvait savoir cela.

    - Quatrième cas. Dans les années 1980, Norm Everheart, un spécialiste des opérations techniques de la CIA, apporta une photographie à Fort Meade, représentant une « cible », celle d’un « clandestin » du KGB, un agent infiltré qui avait pris une identité étrangère. On pensait qu’il recevait ses instructions par une radio à ondes courtes, grâce à une sorte de code. Comment l’homme décodait-il ses messages ? Ken Bell décrivit un homme, dont les habits ressemblaient plutôt à des pyjamas gris, assis dans un appartement au deuxième étage d’un bâtiment, dans une ville bordée par une grande quantité d’eau. Cet homme se trouvait avec deux autres, habillés plus normalement. Le duo ne parlait pas la même langue que l’homme interrogé, lequel était résolu à ne pas parler. Sur la suggestion de Skip Atwater, Ken Bell essaya de soutirer télépathiquement les informations dissimulées, mais sans succès. Jim Morris, l’homme du contre-espionnage, confirma cependant tout : la pièce au deuxième étage, les vêtements gris, les deux interrogateurs.

    Morris donna à Norm Everheart les noms russes du fils et de la fille de l’agent du KGB. Lors d’une autre séance de visualisation, Ken Bell lui « parla » télépathiquement de ses enfants, et l’agent « répondit », disant que c’était censé être sa dernière mission, qu’il était sur le point de rentrer en URSS. Ken Bell apprit qu’il avait une calculatrice de poche (ce que Mel Riley apprit aussi). Or, Norm Everheart savait que les calculatrices de poche, modifiées ou équipées de puces de cryptage, étaient communément utilisées par les clandestins du KGB pour coder et décoder les messages. Norm Everheart rapporta l’information au QG de la CIA et la transmit à Morris. Les agents du contre-espionnage sud-africain qui avaient suivi les interrogatoires de l’homme du KGB finirent par admettre qu’on avait découvert une calculatrice dans les affaires du Russe. Il n’a cependant pas été possible de confirmer si celle-ci a pu être utilisée pour décoder des messages.

    - Cinquième cas.Une autre fois, Joe McMoneagle décrivit un crash aérien et repéra une personne suspecte ramassant une pièce de la carcasse et la dissimulant. Le sergent Mel Riley, lui, décrivit une forme volante aux ailes en forme de chauve-souris avec un cockpit bulbeux… Des années plus tard, Skip Atwater vit un reportage sur le nouveau bombardier furtif B-2. Mel Riley était donc parvenu à « voir » l’un des programmes les plus secrets du Pentagone. Les « cordes de lumière » perçues correspondaient aux fils de contrôle en fibres optiques.

    - Sixième cas.A la fin de l’été 1979, Mel Riley et Joe McMoneagle visualisèrent le dispositif nucléaire chinois à Lop Nor. Joe Mc Moneagle dessina un diagramme détaillé d’un engin, incluant, en son centre, le même objet en forme de sablier que Mel Riley avait décrit. Ken Bell, le troisième « visualiseur », décrivit aussi l’engin. Skip Atwater rédigea un rapport de synthèse des séances et le transmit aux officiers de l’Air Force qui avaient mandaté l’opération. Il apparut que l’objet en forme de sablier était un élément conceptuel que, croyait-on, les Chinois n’avaient pas été capables d’incorporer dans leurs bombes. Mel Riley fut rappelé pour une autre séance au cours de laquelle il perçut un grand désert lugubre et une série de grands cercles concentriques (faisant des kilomètres de diamètre) qui partaient d’un point central marqué par une tour ou quelque autre objet. Il sentit un avion, une bombe lâchée et puis… rien. Joe McMoneagle décrivit une « explosion démentielle », mais il pensa que cette explosion, non nucléaire, fut un échec. La tâche avait été déclenchée parce que l’espionnage américain (satellites espions, avions de reconnaissance U-2…) n’était pas parvenu à détecter une explosion nucléaire sur le site d’essai de Lop Nor le jour où l’essai était prévu. Les données des « visualiseurs à distance » avaient suggéré une raison évidente à cette absence d’explosion nucléaire : la bombe avait explosé, mais le processus nucléaire n’était pas parvenu à s’enclencher. Les officiels américains utilisèrent d’autres sources de renseignement qui leur permirent d’apprendre que le parachute de la bombe ne s’était pas ouvert, que la bombe s’était enfoncée dans le sol et que les détonateurs s’étaient mal déclenchés.

    - Septième cas.Certaines tâches de l’unité concernaient des cibles « domestiques ». Les responsables militaires voulaient savoir si leurs programmes secrets pouvaient être pénétrés par des « visualiseurs ».

    Une photo en noir et blanc montrait ainsi un hangar d’avions sur une base non précisée, l’armée ayant caché un char XM-1 expérimental à l’intérieur du bâtiment. On espérait que les autres hangars environnants, qui contenaient vraiment des avions, pourraient tromper les « visualiseurs » en leur faisant rater la cible.

    Joe McMoneagle décrivit un instrument de type clavier relié à une sorte d’ordinateur. Un système optique était aussi concerné. Il vit de gros obus, puis le char d’assaut. Il dessina un croquis détaillé « digne d’un ingénieur, avec un diagramme en coupe du système de visée laser, du stockage et du chargeur des munitions, les verrouillages de la tourelle, le bloc canon principal et le blindage high-tech spécial ». (2)

     

    1. Talents spécifiques et limites du psi:

    Les séances RV aussi précises que celle de Mel Riley et du bombardier furtif, ou de Joe McMoneagle et du char XM-1, ne survenaient évidemment pas tous les jours, les mauvaises séances étant au moins aussi nombreuses que les bonnes.

    Certains « visualiseurs » avaient des talents spécifiques. Ken Bell pouvait se connecter sur des « cibles » humaines, surtout des personnes souffrantes ou disparues, en captant leurs préoccupations et intentions… Mel Riley avait un don artistique (avec restitution très détaillée sur le papier). Hartleigh Trent était très bon pour trouver la direction de la cible… Joe McMoneagle pouvait dessiner les détails de cibles technologiques. Il pouvait parfois capter les rayonnements des fréquences radio – émanant par exemple d’une antenne radio – sous la forme d’une flamme orange.

    Le psi avait des limites. Les nombres et les lettres – comme un prochain tirage de loto ou un nom sur un document secret – étaient presque impossibles à visualiser précisément. Les chercheurs du SRI pensaient que cette limite était en relation avec la manière selon laquelle les données psi parvenaient au cerveau. Les objectifs visuellement spectaculaires dont les emplacements étaient fixes, depuis longtemps, étaient généralement les plus faciles à visualiser. (3)

     

    2. Vision à distance d’ambassades et de sites :

    La CIA, les équipes d’opérations spéciales de l’armée, et même l’unité de commando Delta Force du Pentagone, ont demandé à Mel Riley, à Joe McMoneagle, et aux autres, de dresser un plan de l’intérieur d’ambassades et autres sites autour du globe, les cartes fournies étant comparées à ce que l’on savait de l’intérieur des édifices. Les cartes avec des informations psiraisonnablement précises pouvaient être utilisées pour guider les équipes qui allaient s’introduire dans les bâtiments afin d'installer des dispositifs d’écoute, dérober des informations ou effectuer ce qui devait être fait.

    En 1980, un objectif fut amené par un officier de liaison de GRILL FLAME appartenant à la NSA, lequel avait apporté une photo de l’extérieur d’un consulat américain dans le secteur méditerranéen. La NSA voulait savoir comment des informations semblaient sortir du consulat au profit des Soviétiques. Joe McMoneagle dressa la carte d’un secteur particulier du consulat en disant qu’il y voyait une émanation en forme de flamme, quelque sorte de signal électromagnétique inhabituel, provenant d’un mur d’un certain corridor, derrière un distributeur d’eau fraîche. Joe McMoneagle découvrit un appartement de l’autre côté de la rue, lequel avait un halo inhabituel d’émanations électromagnétiques. Il s’agissait du poste d’écoute soviétique, électroniquement connecté au signal provenant du micro dissimulé dans le consulat. Joe McMoneagle précisa qu’il y avait, en dessous du poste d’écoute, un autre appartement avec d’étranges émanations, des Américains y étant présents. Or le jour, ou presque, où l’homme de la NSA avait confié cette tâche aux « visualiseurs », une équipe d’enquête de la NSA dépêchée au consulat avait découvert le poste d’écoute soviétique. L’équipement de réception soviétique était si mal conçu qu’il retransmettait par inadvertance les signaux qu’il récupérait du micro dans le consulat, et les Américains que Joe McMoneagle avait détectés dans l’appartement inférieur étaient les membres de l’équipe de la NSA occupés à écouter… les écouteurs. (4)

     

    3. Voyages dans le temps :

    Les « visualiseurs » pouvaient aussi « voyager dans le temps ». Parfois, ils arrivaient dans le passé alors qu’ils avaient été envoyés dans le présent.

    Voici un cas de perception du futur.Don Porter, un ami de Skip Atwater, travaillait pour l’INSCOM, à Arlington Hall. Il devait participer à des négociations secrètes entre des officiels militaires et civils des deux Corées, dans une ferme située dans la zone démilitarisée. Don Porter voulait que les « visualiseurs » se rendent dans la ferme une semaine plus tard environ, au moment des entretiens, et qu’ils « pénètrent » à l’intérieur du cerveau des délégués nord-coréens. Mais chaque « visualiseur » produisit un résultat différent et aucun ne décrivit une rencontre, même pas une ferme ou la campagne coréenne. Don Porter alla en Corée et apprit que les Nord-Coréens avaient annulé la rencontre !

    Au début des années 1980, la CIA demanda aux « visualiseurs à distance » de vérifier le nouveau bâtiment de l’ambassade américaine à Moscou pour détecter d’éventuels micros soviétiques. Le nouvel édifice n’en était qu’aux premiers stades de sa construction, et la CIA voulait que les « visualiseurs à distance » se projettent dans l’avenir pour voir le bâtiment après son achèvement prévu quelques années après. On demanda aux médiums de découvrir quelles pièces de l’ambassade achevée auraient des micros et où ceux-ci allaient être placés. Ils trouvèrent de nombreux micros dans les murs préfabriqués, certains étant réels, d’autres n’étant que des leurres. Joe McMoneagle décrivit des poutrelles d’acier et des barres de renfort soudées les unes aux autres de manière à servir d’antenne géante pour les micros. Le plus étrange, pour Skip Atwater, c’était qu’à mesure que les « visualiseurs » avançaient dans le temps, année après année, les données commençaient à partir dans toutes les directions, aucun des « visualiseurs » ne s’accordant sur quoi que ce soit. L’un d’eux, à qui on avait demandé de visualiser l’ambassade au milieu des années 1980, décrivit une confortable maison de grès brun, avec un feu dans la cheminée. Un an ou deux ans après, en 1983, une équipe mixte CIA/NSA amena une machine à rayons X sur le site du chantier pour sonder les murs. En « protestation », les Soviétiques annoncèrent qu’ils abandonnaient le travail. La CIA découvrit que la structure était truffée de milliers de micros et de leurres métalliques ! On trouva aussi les poutrelles soudées en forme d’antennes, comme Joe McMoneagle les avait décrites, en plus des micros reliés au système électrique et des micro géants que l’on pouvait faire fonctionner grâce à des micro-ondes émises de l’extérieur ! A la fin des années 1980, un consensus semblait s’être fait autour de l’idée d’abattre l’édifice, ce qui explique évidemment pourquoi les médiums avaient eu tant de mal à visualiser le futur de l’ambassade, l’édifice n’ayant pas d’avenir. Fin 1994, cependant, le Congrès approuva un budget de 240 millions de dollars pour un nouveau plan de reconstruction… (5)

     

    4. Le char russe :

    Lors d’une séance RV, Mel Riley vit un char d’assaut sur un "wagon-plateforme". Il le dessina. C’est ce qu’avaient espéré entendre ceux du Département de la Défense. Il s’agissait, en fait, d’un char russe T-72. Trent essaya de se concentrer sur l’objet décrit dans l’enveloppe - le char -, cette fois quelques jours de plus dans l’avenir. Trent se retrouva sur un navire en mer. Il vit, dans la cale, un tank et ce qui ressemblait à des parties d’avion. Joe McMoneagle et Ken Bell décrivirent des scènes semblables.

    L’unité continua de surveiller le marchand d’armes et le voyage du char au cours des jours suivants, mais en « temps réel », pas en se projetant dans l’avenir.

    « Ils virent le char partir par rails, puis arriver dans un port et chargé dans la cale d’un navire. Le navire prit le large avec à sa tête ce que Riley prit pour un capitaine grec.

    Un jour, McMoneagle visualisa le bateau, avec Atwater pour moniteur. Il sentit que là où se trouvait le cargo (probablement dans la mer Noire ou la Baltique) il faisait nuit. Il sentit aussi que le navire était à l’arrêt. Il ne savait pas si ce qu’il voyait venait de se produire ou allait survenir, mais c’était très net. Le premier navire fut abordé par des hommes en noir, comme dans un de ces films sur les commandos de la Seconde Guerre mondiale. Ils venaient d’un second navire qui se trouvait à proximité. Les hommes tenaient le capitaine en joue. Il avait les mains en l’air. L’autre bateau vint se placer bord à bord, lança une grue dans la cale et hissa le container qui renfermait le char. Ils étaient en train de voler le chargement de plusieurs millions de dollars du Pentagone, juste comme ça.

    McMoneagle commença à se concentrer sur le capitaine du premier navire, celui qui était tenu en joue. Il décida de tenter de l’interroger ‘‘télépathiquement’’. ‘‘Que se passe-t-il ici ?’’, demanda-t-il à l’officier. A sa surprise, le capitaine ne semblait pas du tout impressionné par les armes du commando. Tout se passait comme prévu. L’abordage avait été strictement mis en scène, probablement pour couvrir la piste du général qui vendait le char. Atwater et McMoneagle ne découvrirent jamais si les ‘‘pirates’’ étaient des soldats américains des Forces spéciales, des hommes du marchand d’armes ou même des marins roumains ou polonais.

    Mais ils découvrirent une chose : quelques semaines plus tard, un navire qui arrivait d’un port du Proche-Orient remonta la baie de Chesapeake et déchargea une cargaison spéciale dans le centre d’études des chars d’assaut de l’armée, à Aberdeen Proving Grounds : un T-72 soviétique flambant neuf. » (Jim Schnabel) (6)

     

    5. Joe McMoneagle :

    On reconnut que Joe McMoneagle était le meilleur « visualiseur » de l’unité. En 1957, alors qu’il était âgé de 11 ans, et qu’il campait avec un groupe d’amis près d’une orangeraie en Floride, il ouvrit les yeux alors que quelqu’un lui tapotait l’épaule. Il vit une étrange femme, semblable à un fantôme, qui flottait dans l’espace près de l’arbre. Elle lui prit doucement le bras et il se mit à flotter près d’elle. Ils se trouvèrent dans une clairière, et la femme se mit à lui parler de l’avenir, lui disant qu’il rejoindrait l’armée et qu’il participerait à une guerre lointaine. Elle dévoila l’avenir de Joe jusqu’en 1970 environ. Puis il se réveilla. Huit ans après, il s’engagea en effet dans l’armée.

    Une nuit, en octobre 1965, sur l’île d’Eleuthera aux Bahamas, Joe Mc Moneagle vit un grand OVNI discoïdal intensément lumineux. Ce dernier plana, sauta vers une autre position, se déplaça ainsi 6 ou 7 fois, puis partit silencieusement au-dessus de l’Atlantique. Le lendemain matin, Joe McMoneagle et son ami se sentirent malades. Ils avaient attrapé des coups de soleil, avaient la curieuse impression d’avoir du sable dans les yeux, et ils conservèrent plusieurs jours des symptômes grippaux.

    En 1966, Joe McMoneagle fut envoyé au Vietnam. Depuis qu’il avait rejoint l’armée à 18 ans, il avait fait un cauchemar récurrent au cours duquel il était enveloppé d’une sorte de lumière blanche. Il croyait que cette lumière signifiait la mort. Quand son avion atterrit sur la base militaire de Bien Hoa, en périphérie de Saïgon, il eut une vision différente : il se vit quittant le conflit vivant et indemne, et il se voyait quitter le Vietnam dans un avion jaune canari. Ses camarades notèrent qu’il semblait fréquemment anticiper les attaques, à tel point que, chaque fois qu’ils le voyaient replier son fauteuil, ils arrêtaient tout ce qu’ils faisaient et filaient aussi vers leurs bunkers respectifs. L’avion qui le ramena chez lui était jaune canari.

    Un jour, dans un village autrichien, Joe McMoneagle eut une attaque cardiaque. Il sortit de son corps et vit son corps physique sur lequel son ami tentait des massages cardiaques. A chaque pression sur la poitrine, il sentait une sorte de déclic, comme un coup de poignard douloureux et, pendant un instant, il revoyait à travers ses véritables yeux avant de retourner dans sa position d’observateur spectral.

    « Quand les secours arrivèrent et mirent le corps dans l’ambulance, le fantôme de Joe se mit à voler près du véhicule, suivant les lignes électriques le long de la route et accompagnant le convoi jusqu’aux urgences d’un hôpital. Quand le personnel médical commença à appliquer les défibrillateurs sur son corps, McMoneagle se mit à vivre une expérience de mort imminente (EMI) avec tous les détails caractéristiques. Il se sentit avancer dans un tunnel. Une lumière blanche l’enveloppa, cette même lumière qui apparaissait dans ses cauchemars récurrents, mais ce n’était pas la mort. C’était Dieu, irradiant un amour inconditionnel. Dieu dit à Joe de retourner dans la réalité physique. Il n’allait pas mourir. Joe résista - il se sentait simplement bien là où il était -, mais la scène s’évanouit et il se redressa sur son lit d’hôpital, pleurant et souhaitant repartir.

    Il n’y avait aucune trace de dommage sérieux sur les scanners de son cerveau, mais, progressivement, McMoneagle eut l’impression d’être une nouvelle personne. Quand il parlait à quelqu’un, il avait l’impression de suivre une conversation sur deux pistes : une piste "oralo-auditive" et une piste télépathique. S’agissait-il simplement de voix dans sa tête ? Devenait-il fou ? La réalité et l’imagination paraissaient s’entrechoquer partout. Il pouvait s’allonger sur le canapé de son salon pour une sieste – et soudain il se retrouvait "re-localisé" avec une netteté de cinéma en Technicolor sur une plage des mers du Sud ou dans un désert, ou même, une fois, dans un temple au Japon, où il flottait entre les arbres, fasciné par les craquements de la roue d’une brouette poussée sur un chemin poussiéreux.

    Comme beaucoup d’autres personnes ayant vécu une EMI, McMoneagle vit sa conception du monde changer spectaculairement dans un sens plus mystique et plus spirituel. » (Jim Schnabel)

    Fin 1977, il travaillait pour l’INSCOM à Arlington Hall quand il fut recruté pour GONDOLA WISH. Il pouvait rester dans un état de semi alerte alors qu’il descendait dans un état de conscience onirique, et ses RV avaient un réalisme et une consistance narrative remarquables. Il pouvait généralement raconter et dessiner ce qu’il avait vu dans les moindres détails, et pendant la séance il pouvait parfois décrire des scènes comme s’il était en train de regarder un film.

    Il y avait parfois, cependant, d’étranges distorsions perceptuelles qui s’immisçaient dans son interprétation. Vers 1980, un client de la communauté du renseignement voulut que les « visualiseurs » suivent les mouvements d’un agent étranger basé en Europe, environ toutes les 12 heures, sur une période de plusieurs jours dans un passé récent. Joe McMoneagle vit une route sinuant à travers des collines. La « cible », un homme aux cheveux sombres, conduisait une voiture sur cette route. Après environ 5 minutes de séance, Joe McMoneagle fut quelque peu désorienté par quelque chose : l’individu allait quelque part où Joe McMoneagle ne pouvait pas aller. C’est, précisa-t-il, comme s’il était en train de regarder la photo du type et que celle-ci avait été retournée. L’objectif s’était soudainement évanoui. Skip Atwater apprit que l’homme de la photo n’était pas venu à un rendez-vous avec son "case officer". C’est la raison pour laquelle on avait voulu retrouver sa trace. Quelque temps après, le client découvrit que lors de la visualisation de Joe McMoneagle l’homme avait perdu le contrôle de sa voiture sur une route sinueuse d’Italie et qu’il avait trouvé la mort après avoir plongé d’une falaise avec son véhicule.

    Voici un autre cas, celui d’un agent du FBI confronté à un problème de contre-espionnage. Lors de la « visualisation », Joe McMoneagle vit un homme, habillé en complet, conduisant une voiture et arrêté par un policier. Cet homme parlait russe et il avait, sur son siège arrière, une canne à pêche. Cet homme se rendit dans une zone boisée bordant une installation militaire sensible, entourée par un grand périmètre de hautes clôtures. A un endroit, l’enceinte était interrompue par un bâtiment élevé, et à environ cinq mètres de haut sur le mur extérieur de celui-ci il y avait un élément de maçonnerie mobile. L’homme du KGB marcha jusqu’au bâtiment et assembla sa canne à pêche qu’il utilisa pour atteindre et déloger un petit paquet qu’un agent américain au service des Soviétiques – travaillant probablement là – avait coincé dans le mur près du bloc de pierre mobile. On pensa qu’il y avait erreur, car dans les autres cas où des cannes à pêche étaient apparues, elles semblaient abriter quelque appareillage électronique sophistiqué. Or, ici, la canne n’était qu’un moyen mécanique pour atteindre ce que les espions appelaient une « boîte aux lettres mortes », un endroit secret où les agents dissimulaient des films ou d’autres documents que leurs "case officers" allaient pouvoir récupérer.

    « Malgré cela, Everheart transmit l’information à son contact du FBI. Plus tard, il apprit que le FBI avait repéré le site près de l’installation militaire. Et ils avaient vu l’officier du KGB utiliser la canne pour récupérer quelque chose dans une fissure implantée haut sur le mur de l’édifice. » (Jim Schnabel)

    Comme tous les autres « visualiseurs », Joe McMoneagle avait une série de « codes » à trois chiffres qui lui avaient été attribués de manière aléatoire. Pour toutes les séances de RV, qu’il s’agisse de séance d’entraînement ou de séance opérationnelle, il devait en utiliser un pour s’identifier. Sous l’administration Carter, le NSC (National Security Council) connaissait surtout Joe McMoneagle comme le « visualiseur » 518, grâce à une série de séances sensationnelles qu’il avait effectuées sous ce code.

    A cette époque, l’effectif du Conseil de Sécurité Nationale comprenait un capitaine de corvette de la Navy appelé Jake Stewart, un supporter enthousiaste de GRILL FLAME. En septembre 1979, Jake Stewart apporta une série de photos prises par un satellite espion KH-9, lesquelles représentaient un grand complexe industriel au bord de l’eau, quelque part au nord de la Russie. Skip Atwater découvrit plus tard que les installations se trouvaient dans le port de Severodvinsk, sur la mer Blanche, juste en dessous du Cercle arctique. Le NSC voulait savoir ce qui se passait à l’intérieur d’un bâtiment, le 402, autour duquel des constructions étaient en cours. Ce bâtiment faisait plus de 400 mètres de long de chaque côté.

    Lors de la première séance, Joe McMoneagle se sentit dans un lieu désagréablement froid, sur une colline ou une montagne…

    Lors de la deuxième séance, il vit de grands bâtiments, des cheminées, et à côté une mer semi gelée. Skip Atwater lui montra alors la photo satellite et lui demanda de pénétrer à l’intérieur du bâtiment indiqué par Jake Stewart. Joe McMoneagle, en transe, se retrouva à l’intérieur de ce bâtiment. L’endroit, bruyant, semblait divisé en plusieurs niveaux, avec de grandes plaques ou des échafaudages partout, des poutrelles et des lumières ‘‘flashantes’’ bleutées, ces dernières étant identifiées aux arcs de chalumeaux. Après la séance, Joe McMoneagle dessina ce qu’il avait vu.

    Lors de la troisième séance, Joe McMoneagle vit, dans une grande zone du bâtiment, un sous-marin apparemment en réparation. Dans un deuxième secteur il y avait une pile de matériaux de construction, et dans une troisième zone, la plus grande, il y avait un très grand sous-marin en construction. Il décrivit la queue de l’engin, un pont arrière très long et très plat, un kiosque et une ligne de tubes lance-missiles couplés, épousant des angles inhabituellement inclinés par rapport à la verticale. Sorti de sa transe, Joe McMoneagle dessina ce qu’il avait vu. Sur les croquis il y avait neuf ou dix paires de tubes. Le sous-marin transporterait donc dix-huit ou vingt missiles. Conjointement à Hartleigh Trent (qui travaillait aussi sur cette cible), Joe McMoneagle décrivit un nouveau type de mécanisme de propulsion du sous-marin, une inhabituelle double coque et des détails des techniques particulières de soudage utilisées par les Soviétiques.

    Afin de déterminer quand ce grand sous-marin allait être lancé, Joe McMoneagle dut avancer dans le temps, mois après mois. Il vit les Soviétiques dynamiter et dégager au bulldozer un chenal partant de l’usine pour rejoindre la mer. A un moment du quatrième mois, le sous-marin fut mis en eau dans ce canal artificiel, avant de procéder à des essais en mer.

    Les photos satellites prises en janvier 1980, environ quatre mois après la dernière séance du « visualiseur », montrèrent le nouveau sous-marin, de la classe Typhon, à quai. Il avait vingt tubes inclinés pour les missiles balistiques et un grand pont arrière plat. Juste à côté de lui, il y avait le sous-marin plus petit qui avait été en réparation, un submersible d’attaque de classe Oscar.

    « L’affaire souleva un vif débat au sein du NSC quant à la valeur de la RV. Certains, comme Robert Gates, un jeune analyste spécialiste des Soviétiques détaché de la CIA, était radicalement sceptique, disqualifiant les informations fournies en disant qu’elles étaient sommaires, sans intérêt, invérifiables, et même qu’il s’agissait simplement d’un coup de chance. Mais d’autres, comme Jake Stewart, y croyaient. En ce qui les concernait, Joe McMoneagle – le Viewer 518 – était un atout de valeur pour les Américains, aussi proche du ‘‘parfait espion’’ psi que l’Amérique pouvait le souhaiter. » (Jim Schnabel) (7)

     

    6. Les otages de Téhéran :

    Le 4 novembre 1979, une foule iranienne déchaînée envahit l’ambassade américaine dans le centre de Téhéran, prit ses occupants en otage et réclama que le Shah leur soit livré. Fin 1979/début 1980, le Pentagone et le Conseil de Sécurité Nationale demandèrent aux « visualiseurs » de fournir des informations sur les otages, leurs conditions physiques et mentales, les apparitions et les attitudes de leurs geôliers, et la description des bâtiments où ils étaient gardés prisonniers.

    Les « visualiseurs » travaillaient sans relâche, mais ils eurent de plus en plus de mal à voir quoi que ce soit d’autre que les otages américains et les mêmes têtes de gardes iraniens barbus. Et quand le printemps vint, ils décrivirent de plus en plus des sites n’ayant plus rien à voir avec les otages : bâtiments urbains, canalisations d’égouts sous les rues, stations de radio gouvernementales, lieux perdus dans le désert.

    Lors d’une séance en avril 1980, le « visualiseur » Hartleigh Trent décrivit des soldats américains se laissant descendre en rappel depuis des hélicoptères dans le désert. Quelques jours après, les six membres de l’unité allèrent dans un motel de la ville de Laurel, non loin de Fort Meade, l’essentiel d’un étage leur ayant été réservé. Chaque « visualiseur » disposait d’une chambre, une grande suite étant réservée aux réunions de l’unité. Scotty Watt confirma qu’une opération secrète pour libérer les otages était en cours.

    Par le passé, il y avait eu des opérations où un « visualiseur » pouvait effectuer deux ou trois séances par jour sur le même type d’objectif, ce qui était déjà assez éprouvant, mais faire davantage pouvait occasionner des épuisements totaux. Or les "visualiseurs" devaient, dans ce cas précis, quasiment faire de la visualisation en non-stop… L’imagination prit le dessus. Et ils ne savaient pas si ce qu’ils « voyaient » allait dans le bon sens ou pas. Le 25 avril 1980, Jimmy Carter évoqua à la télévision le site de rendez-vous de "Desert One", les pannes de plusieurs hélicoptères, la collision de deux avions dans le désert, les huit morts, les blessures horribles, la débâcle.

    Après la première tentative, les prisonniers furent dispersés, et la tâche des « visualiseurs » fut de trouver où ils étaient gardés. Un jour, alors que Hartleigh Trent était ‘‘monitoré’’ par Mel Riley, Jackie Keith (l’homme des opérations spéciales de l’INSCOM) eut une attaque cardiaque alors qu’il se trouvait dans la salle de contrôle, attaque qui lui fut fatale. Quant au Président Carter, il décida de ne pas procéder à une seconde tentative de sauvetage. Les prisonniers furent libérés au moment où sa présidence s’achevait. Le colonel de l’Air Force dit aux « visualiseurs » que les informations qu’ils avaient fournies n’étaient « pas pires » que les renseignements recueillis grâce à des méthodes plus conventionnelles. (8)

     

    7. Les tests psychologiques :

    Jim Schnabel note que les effets secondaires de la RV (‘‘remote viewing’’ ou ‘‘vision à distance’’) ressemblaient plus qu’un peu à ceux d’une drogue hallucinogène. En sortant d’une séance intense, on pouvait voir le ciel quelque peu plus bleu, l’herbe plus verte, un couple d’oiseaux perchés sur un fil pouvait faire autant de bruit qu’une forêt tropicale pleine de toucans et de fauvettes…

    L’armée avait classé la RV du projet GRILL FLAME dans la catégorie des expérimentations humaines. Les « visualiseurs » avaient été présentés au docteur Dick Hartsell, un psychologue de l’INSCOM, qui leur fit passer des tests psychologiques et les interrogea en cherchant ostensiblement le moindre signe de désordre mental. Mais après cette première série d’entretiens, au début de 1978, Dick Hartsell parut se désintéresser de l’unité. Selon la rumeur, les « visualiseurs » lui auraient fait peur, et il ne voulait plus rien avoir à faire avec eux. (9)

     

    8. Suppression du financement et défense du programme GRILL FLAME :

    En 1980, William Perry (chef du bureau d’études de la Défense du Président Carter) supprima le financement de l’unité de Fort Meade de son budget recherche et développement. Selon la rumeur, il avait pris connaissance de l’existence de l’unité par un collaborateur d’un sénateur de l’Ouest appartenant au mouvement des "Born-Again Christians" (« Chrétiens renés »). GRILL FLAME
    parvint quand même à survivre avec des fonds tirés d’autres projets de l’armée… Charlie Rose, un représentant démocrate du Congrès, entendit parler de GRILL FLAME à la fin des années 1970 par le général Thompson et par son administrateur, Jack Vorona, le chef du Directoire du renseignement scientifique et technique de la DIA. Jack Vorona et Charlie Rose firent le tour des installations de RV, au SRI et à Fort Meade. Charlie Rose discuta avec les « visualiseurs » et assista à des séances pratiques. En 1979, il donna une interview publiée dans le magazine "Omni". Il défendit le programme GRILL FLAME, faisant même référence aux informations que la RV avait permis de recueillir sur une cible soviétique non précisée,RV dont il avait été le témoin. Ce qu’ont vu ces gens, précisa-t-il, a été confirmé par des photos aériennes, et il ne pouvait y avoir aucun trucage.

     

    II. Le SRI :

    Parmi les chercheurs impliqués dans la « vision à distance », il y eut Hal Puthoff (un physicien des hautes énergies spécialiste des lasers), qui rejoignit en 1969 le Stanford Research Institue (SRI), et Russel Targ (un autre physicien des lasers). Russel Targ rejoignit Hal Puthoff pour développer un programme secret au sein du SRI, la CIA voulant utiliser des médiums pour l’espionnage à longue distance. Au début des années 1980, environ 150.000 dollars furent employés dans le programme de vision à distance du SRI, le budget global pour ce programme se situant entre 500.000 et 1 million de dollars par an, avec une douzaine de personnes salariées. Quelques années après, le SRI obtint le soutien d’une agence affiliée au Pentagone et un contrat de "recherche-développement" de dix millions de dollars sur cinq ans.

    Parmi les sujets ayant participé au programme d'étude de la vision à distance, il y eut deux grands médiums : l’artiste new-yorkais Ingo Swann et Patrick Price.

     

    1. Ingo Swann :

    Hal Puthoff, qui enseignait l’ingénierie électrique à l’Université de Stanford, possédait le brevet d’un laser infrarouge réglable qu’il avait inventé. Il avait aussi co-écrit un essai important, « Fondements de l’électronique quantique ». Au SRI, il voulut réaliser quelques expérimentations psipour voir si cela éclairait certaines portées de la théorie quantique. Bill Church, un ami philanthrope, lui donna dix mille dollars.

    Un artiste de New York, Ingo Swann, contacta, parmi d’autres, Hal Puthoff. Il avait été militaire en Corée, artiste, romancier, astrologue, employé des Nations Unies… C’était un sujet psi qui avait participé à des expériences psi au City College de New York et à la Société Américaine de Recherche Psychique. Il avait notamment modifié à distance la température d’une baguette de graphite et était « sorti de son corps » pour visualiser des objets cachés dans un laboratoire.

    Le 6 juin 1972, Hal Puthoff emmena Ingo Swann à l’Université de Stanford, dans un laboratoire qui abritait un magnétomètre expérimental construit par Arthur Hebard, lequel s’intéressait aux particules subatomiques appelées quarks. Le magnétomètre était conçu pour mesurer, dans sa chambre de mesures protégée, les perturbations extrêmement infimes du champ magnétique que les quarks étaient censés provoquer en passant. Ce magnétomètre fut celui qui, quelques années plus tard, fut utilisé dans la première confirmation expérimentale de l’existence des quarks. Le magnétomètre était protégé des bruits électromagnétiques extérieurs grâce à du cuivre, de l’aluminium, un métal spécial qui enferme les champs magnétiques, et un supraconducteur ‘‘sur-refroidi’’. Hal Puthoff expliqua à Ingo Swann le fonctionnement basique du magnétomètre, puis il lui demanda de modifier la puissance de ce dernier, pour l’essentiel scellé et encastré dans un puits de béton dans le sol du labo. Ingo Swann voulut d’abord, pour avoir une meilleure emprise psychique, visualiser par clairvoyance ce qu’il y avait à l’intérieur du magnétomètre. Hal Puthoff estima que les perturbations constatées étaient liées aux efforts d'Ingo Swann pour modifier la puissance, la perturbation étant cependant jugée anodine par Arthur Hebard et certains étudiants et membres du personnel.

    En octobre 1972, Ingo Swann revint dans les locaux du SRI à Menlo Park pour une brève visite, et Hal Puthoff lui fit faire quelques petits tests simples de clairvoyance. Hal Puthoff plaçait un objet dans une boîte en bois aux parois épaisses et cadenassées qu’il laissait dans une certaine pièce, et Ingo Swann, accompagné par un second chercheur, venait dans la pièce et essayait de deviner ce qu’il y avait dans la boîte. Un jour, deux hommes de Washington apportèrent leur objet/cible qu’ils mirent dans la boîte. Ingo Swann parla de quelque chose de petit, de brun, irrégulier, quelque chose qui ressemble à une feuille mais qui paraît beaucoup plus vivant et qui semble bouger. La cible était en fait un gros papillon de nuit, brunâtre, ressemblant à une feuille. Quelques semaines après, Ingo Swann reçut un appel téléphonique d'Hal Puthoff qui lui dit que les deux hommes, qui appartenaient à la CIA, avaient décidé de lui octroyer cinquante mille dollars pour financer huit mois de recherches supplémentaires.

    Alors qu’il résidait dans le Colorado, Ingo Swann avait eu des expériences de sortie hors du corps et de prémonitions. Il pouvait voir les auras des gens. Après le lycée, il rejoignit l’armée, servit en Corée, puis sur une base de missiles Nike à la périphérie de Boston. Lorsqu’il quitta l’armée, il déménagea à Greenwich Village, travailla pour les Nations Unies, tout en peignant pendant son temps libre. Puis il écrivit des romans populaires. En 1971, il utilisa son premier prénom, Ingo, il avait ajouté un « n » à son nom de famille sur le conseil d’un numérologue, et il avait découvert qu’il semblait avoir des dons psychiques inhabituels. Il commença à gagner sa vie comme cobaye pour des laboratoires de parapsychologie. Il arriva au SRI, quelques jours avant Noël 1972, pour exécuter le contrat de la CIA.

    Au SRI, au début, ses capacités psi semblaient faibles. Il n’aimait pas la machine d’initiation à la PES de Russell Targ. Le sujet devait deviner laquelle des quatre petites diapositives d’illustrations allait s’allumer, l’appareil étant un ordinateur primitif qui contrôlait les ampoules électriques derrière ces diapositives. Les résultats de chaque essai étaient automatiquement affichés et enregistrés. Ingo Swann n’aimait pas cette machine qui lui rappelait la parapsychologie du passé, celle consistant en la divination de symboles abstraits sur des cartes, et ce, jusqu’à ce que l’ennui fasse fuir les médiums. On pouvait aussi demander à Ingo Swann si le laser argon vert dans une pièce adjacente était allumé ou non, ou laquelle des deux boîtes identiques contenait une source radioactive de prométhium 147. Il fit aussi des expériences où les boîtes étaient remplies aléatoirement d’eau ou de pétrole. Mais les résultats obtenus n’étaient pas extraordinaires, et Ingo Swann échoua dans sa tentative d’action PK sur un petit magnétomètre du SRI.

    En matière de vision à distance, Ingo Swann suggéra l’utilisation de coordonnées (latitudes et longitudes de la cible, sans donner la nature de celle-ci), mais Russel Targ et Hal Puthoff ne crurent pas que les systèmes de coordonnées pourraient mener la perception psi d’un individu vers une cible distante. Ingo Swann persista, et finalement les deux chercheurs acceptèrent de tester le principe des coordonnées. Ils consultaient une grande carte du monde, amenaient les coordonnées à Ingo Swann qui devait dire ce qui se trouvait à l’endroit correspondant. La première série de dix objectifs eut lieu le 23 avril 1973. Les descriptions fausses alternèrent avec des descriptions correctes mais sans véritable signification, et au bout de cinq jours et de cinquante paires de coordonnées le bilan n’était pas très positif. Mais lors de la seconde semaine de tests, les réponses d'Ingo Swann s’avérèrent plus précises et détaillées. Lorsqu’on lui donna les coordonnées correspondant à un endroit juste à l’est du mont Shasta en Californie, il déclara voir des montagnes et une grande vallée. Les coordonnées correspondant à un point à environ trente kilomètres à l’est du volcan Hekla, dans le sud de l’Islande, lui firent évoquer un volcan au sud-ouest et l’océan (qu’il pensait surplomber). Une autre fois, Hal Puthoff croyait que les coordonnées fournies correspondaient au milieu du lac Victoria en Afrique, alors que l’endroit concerné était en fait près du village tanzanien d’Ushashi, à quelque cinquante kilomètres de la rive sud orientale du lac Victoria. Ingo Swann avait eu l’impression de filer au-dessus de l’eau et d’atterrir sur la terre, et il avait mentionné un lac à l’ouest.

    Fin juillet 1973, Richard Kennett, de la CIA, téléphona à Hal Puthoff pour lui donner des coordonnées qui furent transmises à Ingo Swann. Ce dernier eut l’impression d’une île, peut-être une montagne perçant à travers une couverture de nuages. Il vit des bâtiments, l’un étant de couleur orange, quelque chose ressemblant à une antenne radar, un disque rond, deux réservoirs cylindriques blancs assez grands, et au nord-ouest une petite piste d’atterrissage… Ingo Swann fit un croquis de l’île. Hal Puthoff et Ingo Swann envoyèrent le tout à Richard Kennett. Les coordonnées désignaient un endroit localisé dans l’une des îles Kerguelen, dans le sud de l’océan Indien. Ces îles appartiennent à la France et sont le site d’un « complexe de recherche météorologico-atmosphérique » franco-soviétique.

    Ingo Swann racontait qu’une de ses arrière-grand-mères maternelles était une "femme-médecine" sioux et que sa propre enfance avait été marquée par diverses expériences paranormales. Il croyait avoir vécu, au huitième siècle, comme Européen. Il était le conseiller d’un conquérant européen qui employait comme conseillers les gens ayant des aptitudes paranormales. A cette époque, il lui était aisé de lire dans la pensée des gens. Il pouvait dire au conquérant ou au roi quelles étaient les véritables motivations d’une personne qui sollicitait une audience de sa part. Ingo Swann s’intéressait aussi beaucoup aux OVNIs.

    Le contrat d'Ingo Swann avec le SRI s’acheva à la mi-août 1973.

    Ingo Swann a travaillé sur des cas de personnes disparues, mais il a rapidement abandonné cette activité. Dans la plupart des cas, l’affaire s’était soldée par la découverte de la mort de la personne. Et l’épreuve pouvait être dure pour lui – la RV amplifiait la sensibilité émotionnelle – et encore davantage pour la famille du disparu… Ingo Swann participa à des recherches psi à la Société Américaine de Recherche Psychique et au Laboratoire des Rêves Maimonides à New York, ainsi que dans d’autres lieux de recherche psi.

    « Il effectua également quelques travaux pour des compagnies pétrolières, tournant en hélicoptère autour d’une plate-forme de forage dans le golfe du Mexique ou parcourant le Kentucky, le Tennessee et l’Arkansas avec une équipe de foreurs-sondeurs, fondée par Bill Keeler, le président de la Phillips Petroleum. Aucune de ces collaborations ne durait très longtemps, mais Swann gagna suffisamment d’argent au cours de cette période pour s’acheter une maison de quatre étages dans le Bowery du Bas-Manhattan. » (Jim Schnabel)

    Ingo Swann s’essaya à la prophétie. Il prédit, fin 1973 et en 1974, que la science officielle accepterait bientôt le phénomène psychique, ce qui, à vrai dire, ne s’est pas vérifié. Il visualisa aussi à distance Mars, Jupiter et Mercure avant les sondes spatiales américaines et russes. Certaines données étaient intéressantes, même si des sceptiques comme Carl Sagan les disqualifièrent plus tard en disant que ce n’était qu’un mélange de choses prévisibles, ambiguës ou – comme le « lichen » qu'Ingo Swann avait vu pousser à la surface de Mercure – totalement incorrectes. Notons, cependant, que selon les données rapportées par Ingo Swann, Jupiter avait un anneau ressemblant à ceux de Saturne, ce qui fut plus tard confirmé par les sondes spatiales. Il écrivit un roman, « Star fire », qui mettait en scène une jeune et belle rock star dotée d’extraordinaires pouvoirs psychiques…

    Ingo Swann revint au SRI en tant que consultant au cours de l’automne 1974. Son retour devait correspondre avec le départ de Pat Price.

    « Au cours d’une séance sur un objectif se trouvant au sein même de l’URSS, Ingo Swann commença à décrire un couloir dans un bâtiment. Il y avait des carreaux verts sur les murs et des caractères qui se révélèrent être du cyrillique. Les personnes croisées portaient des blouses de type médical. Swann en avait déduit qu’il s’agissait d’une installation de recherche sur les armes biologiques. Une autre fois, il s’était retrouvé dans un pays d’Europe centrale. Il avait devant lui un ensemble de bâtiments bien gardés. L’endroit ressemblait à un camp de prisonniers du type goulag. Swann descendit dans l’un des bâtiments et découvrit que d’autres recherches sur des armes biologiques y étaient menées. Elles impliquaient non seulement des animaux - des chiens, des cochons, des singes -, mais aussi des prisonniers humains pris dans le camp. Swann fut tellement bouleversé par tout cela qu’il se mit à hurler sans pouvoir se contrôler et que Puthoff dut mettre un terme à la séance. Swann sortit et dut boire quelques verres pour se calmer. La description spectaculaire de l’objectif ne fut jamais confirmée par le Pentagone et la présence de sujets humains semble improbable. Mais la description du site comporte des ressemblances avec une installation de recherche biologique sise à Obolensk, dans une forêt de pin, au sud de Moscou. On découvrit quelques années plus tard que, dans ce complexe, des animaux au moins avaient été exposés à des germes mortels. » (Jim Schnabel) (10)

    Un jour, on fournit à Ingo Swann les coordonnées d’une installation sur une base de l’US Air Force et on lui expliqua qu’un moteur de roquette allait être testé dans cette installation au cours d’un laps de temps particulier d’une demi-heure. Il devait établir quand cet essai allait commencer. Il s’exclama qu’il pensait que cela avait eu lieu quelques secondes auparavant, ce qui était exact. Une autre fois, l’objectif d'Ingo Swann était une explosion nucléaire souterraine qui devait s’effectuer dans un complexe gouvernemental du Nevada. Il s’agissait de déterminer si l’essai avait eu lieu, dans un laps de temps donné. L'essai avait effectivement eu lieu et Ingo Swann le détecta. (11)

     

    Le complexe secret du Pentagone :

    Un jour, Hal Puthoff appela Richard Kennett pour lui parler du concept de clairvoyance d’Ingo Swann, basé sur les coordonnées. Richard Kennett demanda à un collègue, Bill O’Donnell, de lui donner les coordonnées de certains endroits se trouvant sur la côte Est. La cible proposée concernait un lieu se trouvant dans les Blue Ridge Mountains. Hal Puthoff donna les coordonnées à Ingo Swann, lequel commença à dessiner et à verbaliser ses impressions. Il dessina une carte montrant un objectif circulaire entouré par une route au sud, une autre à l’ouest et une rivière à l’est. Au nord, il représenta une ville. La séance avait duré six minutes. Le lendemain, matin Ingo Swann redessina le site puis il apporta un rapport à Hal Puthoff, dans lequel il évoquait un bâtiment circulaire (une tour ?), en se demandant si c’était une ancienne base de missiles Nike ou quelque chose comme ça. Il avait l’impression, sans être sûr, de quelque chose de souterrain. Il fournit une carte plus détaillée à Hal Puthoff, représentant un grand espace ouvert au milieu d’une zone forestière délimitée par des clôtures et une voie privée, qui renfermait un objet élevé ressemblant à un mât de drapeau et quelque chose de grand et de circulaire. Hal Puthoff s’apprêtait à envoyer à Richard Kennett le rapport lorsqu’il reçut un appel téléphonique de Patrick Price, un « sensitif » qu’il avait déjà rencontré. Hal Puthoff en profita pour lui donner les coordonnées de la cible.

    Hal Puthoff reçut une enveloppe de Pat Price contenant plusieurs pages de descriptions verbales et de dessins. Pat Price avait décrit plus ou moins le même endroit qu'Ingo Swann, mais avec beaucoup plus de détails. Pat Price évoquait un pic au milieu d’une chaîne de montagnes, d’une hauteur d’environ 1500 mètres au-dessus de la mer, un secteur qui avait été un champ de bataille au cours de la guerre de Sécession, de grands espaces de stockage souterrains… Cela ressemble à un ancien site de missiles, la zone abritant maintenant des complexes de stockage d’archives, de microfilms, de dossiers. On pénètre dans la partie souterraine par des portes coulissantes en aluminium, les premiers secteurs étant remplis d’archives. Les salles font environ 30 mètres de long, 12 mètres de large et 6 mètres de haut, avec des pilastres évasés soutenant le béton. La température est douce et la lumière fluorescente, le personnel étant composé d’ingénieurs du cinquième corps de l’Armée. Pat Price évoqua aussi des caissons cadenassés, des fermetures à combinaison, des barres d’acier passant dans des anneaux, des travées avec des ordinateurs, des équipements de communication, de grandes cartes, des ascenseurs, le personnel appartenant à l’Army Signal Corps (Unité de transmissions). Hal Puthoff téléphona à Pat Price pour lui demander d’essayer de glaner davantage d’informations détaillées sur l’intérieur du site, particulièrement des codes secrets si possible. Quelques jours après, Pat Price donna ses impressions sur l’intérieur d’un bureau souterrain. Sur le bureau, il y avait des papiers marqués « Flytrap », « Minerva ». Sur le mur nord, il y avait un classeur portant les étiquettes « Operation Pool » (second mot illisible). Les chemises à l’intérieur du classeur étaient étiquetées « Cueball », « 14 Ball », « 8 Ball », « Rackup », et le nom du site ressemblait vaguement à quelque chose comme « Hayfork » ou « Haystack ». Le personnel comprenait le colonel R. J. Hamilton, le major général George R. Nash, le major John C. Calhoun (?).

    Hal Puthoff envoya le tout à Richard Kennett, lequel les transmit à Bill O’Donnell, l’agent de laCIA qui lui avait fourni les coordonnées. Or, Bill O’Donnell avait fourni les coordonnées de sa cabane d’été ! Le week-end suivant Richard Kennett emmena sa femme et ses enfants en promenade dans la campagne. A quelques kilomètres de la maisonnette de son ami, il tomba sur un panneau « Défense d’entrer » et des antennes satellites en arrière-plan. C’était manifestement une installation militaire secrète, laquelle semblait correspondre aux descriptions des médiums du SRI. C’était comme si Ingo Swann et Pat Price, au lieu de se concentrer sur la cabane dans les bois, avaient simplement trouvé cet endroit plus intéressant. De retour au travail, Richard Kennett chercha un agent susceptible de l’informer sur cette base militaire de Virginie occidentale. Il s’avéra qu’Ingo Swann et davantage encore Pat Price avaient décrit les détails d’un complexe secret du Pentagone, dissimulé dans les collines près du village de Sugar Grove, en Virginie occidentale. Il s’agissait d’une base de communication de l’US Navy, le site étant occupé par de nombreux cryptographes militaires et civils de la NSA. Il comprenait un grand ensemble souterrain planté à l’intérieur de la base de Reddish Knob Mountain, un pic d’une hauteur de 1320 mètres. Parmi ses fonctions secrètes, il y avait l’interception des communications téléphoniques internationales et le contrôle des satellites espions américains. La majeure partie du dispositif était souterraine et protégée contre une attaque nucléaire. Les données de la RV d'Ingo Swann et de Pat Price avaient été assez précises pour donner l’impression, dans l’esprit du Pentagone, « d’une fuite massive et criminelle d’informations top secrètes concernant des noms de code ». On demanda à Richard Kennett comment il s’était introduit à l’intérieur. On l’accusait d’être une « taupe soviétique ».

    « Kennett tenta de s’expliquer du mieux qu’il pouvait, mais les responsables de la sécurité du Pentagone ne paraissaient pas s’intéresser aux histoires de médium. Hal Puthoff et Russell Targ furent également interrogés, et bientôt ils apprirent que des agents du DIS (Defense Investigative Service, Service d’enquête de la Défense) frappaient aux portes autour de leurs demeures respectives, interrogeant leurs voisins pour savoir si messieurs Puthoff et Targ avaient jamais été communistes, s’ils ne dépensaient pas trop d’argent ou s’ils ne se comportaient pas comme des agents soviétiques.

    Incapables d’établir que quiconque au SRI ou dans le bureau de Kennett avait délibérément volé ou détourné des informations classifiées, les enquêteurs du Pentagone finirent par les laisser tranquilles. » (Jim Schnabel)

    Quelques années plus tard, la NSA, qui administrait le site de Sugar Grove, confiera elle-même des tâches aux « visualiseurs » du SRI et de Fort Meade. (12)

     

    2. Pat Price :

    Pat Price, à côté de son travail de commissaire, d’entrepreneur et de vendeur d’arbres de Noël, avait été chercheur d’or en Alaska, élève pilote pendant la Seconde Guerre mondiale, responsable d’une société d’emballage à Lockheed et même agent de sécurité pour la célèbre entreprise Skunk Works à Lockheed, à l’époque du développement de l’avion espion U-2.

    Pat Price prétendait posséder l’ancien pouvoir chamanique permettant de modifier le climat, de créer ou de dissoudre à volonté les nuages. Il croyait aussi pouvoir faire changer à son gré, par psychokinésie, les couleurs des feux tricolores. Il était convaincu qu’il avait été, dans une autre vie, l’orateur colonial américain Patrick Henry.

    J’ai évoqué, ci-dessus, la participation de Pat Price dans la détection psychique du complexe secret du Pentagone. En une autre occasion, il put fournir une description détaillée d’une installation soviétique qui remplissait une fonction semblable à celle du site de la NSA. Pat Price la localisa au mont Narodnaya, dans des montagnes reculées du nord de l’Oural. Il évoqua un site souterrain, du béton armé, des portes d’acier de type coulissant, des héliports, des rails. A cinquante kilomètres au nord du site, il vit une installation de radar avec une grande parabole (cinquante mètres) et deux petites paraboles à rotation rapide. Au moment de la visualisation, alors qu’il faisait nuit en URSS, la base était peuplée par une proportion exceptionnellement élevée de femmes. La CIA confirma que Pat Price avait vu juste.

    * Un jour, Hal Puthoff tendit à Pat Price une série de coordonnées. Environ un mois plus tôt, au quartier général de la CIA, Hal Puthoff et Russel Targ avaient présenté leurs recherches à des responsables de premier plan de l’Agence, parmi lesquels John McMahon (chef du Bureau des services techniques) et Carl Duckett (directeur adjoint chargé des Sciences et Technologies). Ces officiels de laCIA avaient estimé que le temps était venu de passer à l’espionnage psychique de cibles plus sensibles à l’étranger. Les coordonnées fournies à Pat Price concernaient une installation militaire soviétique à l’extrémité sud de la zone d’essais nucléaires de Semipalatinsk, dans la république du Kazakhstan. Les agents de la CIA qui apportèrent les coordonnées furent Ken Kress (un ingénieur du Bureau des services techniques) et le physicien Peter Maris. Ils dirent à Hal Puthoff et à Russel Targ que le site était « une installation de recherche ». Pat Price effectua la séance dans une pièce électriquement isolée au deuxième étage du bâtiment de radiophysique du SRI.

    Il vit une grue sur roues utilisée pour déplacer de grands objets lourds à l’intérieur et autour d’une installation semi souterraine, chaque roue de la grue faisant deux fois la hauteur d’un homme. Près de la grue, il y avait plusieurs autres bâtiments et un ensemble de bonbonnes de gaz comprimé. De retour à Washington, Ken Kress et Peter Maris découvrirent une récente photo satellite du site qui montrait la grue sur roues avec le bâtiment entre ses jambes, exactement comme Pat Price les avait décrits. Pat Price décrivit de nouveaux détails, dessina un plan de l’endroit, avec une rivière à proximité au nord. Puis il « pénétra » à l’intérieur du bâtiment bas sous la grue, entra dans une salle où l’on voyait de grands éléments courbes en acier que des ouvriers essayaient d’assembler pour en faire des sphères de vingt mètres de diamètre, les ouvriers testant de nouvelles techniques de soudage.

    Moins d’une semaine environ après sa première séance d’observation du site, Pat Price rencontra Ken Kress et Peter Maris, qui lui précisèrent que sa description de la grue était globalement précise. Pat Price explora de nouveau le site, et deux semaines après sa séance originelle avec Russel Targ il avait déjà rempli plusieurs heures de cassettes utilisables, ainsi qu’un grand cahier de dessins. D’après les données, il semblait que le complexe de Semipalatinsk allait mener des explosions contrôlées d’un genre ou d’un autre, et les sphères métalliques devaient servir à contenir les explosions. La correspondance entre le dessin de la grue et la photo satellite du site était si étroite, note Jim Schnabel, que « simplement en posant ces images côte à côte lors de réunions avec des responsables du renseignement, Puthoff et Targ purent assurer le financement des recherches psi du SRI pour les années suivantes ». Et vers la fin de 1974 ou le début de 1975, un satellite américain repéra à l’extérieur les grandes sphères de métal, sous leur forme complète. Les "photo-analystes" estimèrent qu’elles faisaient effectivement environ vingt mètres de diamètre. Pat Price avait décrit les sphères et les techniques spéciales de soudage avant que quiconque aux Etats-Unis ait su qu’elles existaient.

    * Une autre fois, Pat Price dit à Hal Puthoff qu’il avait vu une école de sous-marins russes dans le Pacifique. Le rapport de Pat Price fut confirmé. A l’automne 1973, selon Hal Puthoff, Pat Price avait vu venir la guerre du Kippour, avait suivi son déroulement et avait prévu la date du cessez-le-feu quelques semaines à l’avance. En une autre occasion, Pat Price déclara que Richard Nixon avait dans son propre bureau un dispositif qui allait le faire souffrir, une information qu'Hal Puthoff transmit à Ken Kress à la CIA. Quelques mois plus tard, quand l’affaire du Watergate approcha de sa conclusion, Hal Puthoff entendit parler du magnétophone dans le Bureau ovale de Richard Nixon, et il se dit que c’était probablement cela que Pat Price avait détecté.

    Pat Price était plus précis, plus consistant et plus en phase avec les détails techniques des sites/cibles qu'Ingo Swann, et il pouvait donc récupérer davantage de données.Il semblait capable de récupérer non seulement des données visuelles ou sensorielles, mais aussi des données alphanumériques, des mots et des nombres. Quand il travaillait sur une cible, Pat Price pouvait souvent lire les nombres, des mots sur des feuilles de papier, des noms sur un uniforme, comme cela avait été le cas dans le site de la NSA en Virginie occidentale. Bien longtemps après la mort de Pat Price, Hal Puthoff et d’anciens responsables du renseignement qui avaient supervisé le programme du SRI ont confié à Jim Schnabel qu’ils n’avaient jamais vu d’aussi bons médiums que Pat Price.

    Un jour, Richard Kennett voulut tester Pat Price sur une cible en mouvement. Richard Kennett partit dans un planeur avec, comme cible, une séquence de trois nombres. Pat Price montra les trois nombres qu’il avait écrits : ils étaient exacts et dans le bon ordre !

    « Price indiqua quand même que l’exercice lui-même l’avait mis un peu mal à l’aise. Il avait été capable de visualiser les nombres dans son œil interne, mais derrière eux il avait vu osciller une forme bizarre. Elle avait semblé désorienter son système vestibulaire en lui donnant quasiment le mal de mer. Il dessina la forme. Elle ressemblait à un ‘‘ankh’’, la croix ansée des Egyptiens. Kennett éclata de rire. Il plongea la main dans sa poche de chemise et sortit un ankh en argent qui pendait autour de son cou. Avec les mouvements de roulis du planeur, elle avait oscillé sur sa poitrine derrière les nombres qui se trouvaient dans sa poche. » (Jim Schnabel)

    Hal Puthoff et Russel Targ mirent en œuvre un nouveau protocole, lequel reposait sur deux personnes : un expérimentateur qui se rendait sur un site/cible et le médium qui, depuis le SRI, essayait de visualiser l’environnement de l’expérimentateur. Après la séance, le médium pouvait se rendre sur le site/cible. Le premier test formel de ce protocole eut lieu le 4 octobre 1973. Bart Cox avait une liste de sites/cibles possibles dans le secteur de la baie de San Francisco. Il sortit un nombre aléatoire de sa calculatrice et l’utilisa pour choisir un site dans sa liste. Il prit le dossier approprié contenant les directions menant à l’endroit donné et donna le tout à Hal Puthoff, lequel alla vers sa voiture avec le chef de sa section au SRI, Earle Jones. Hal Puthoff ouvrit le dossier et suivit les instructions données pour aller vers l’objectif, en l’occurrence la tour Hoover sur le campus de l’Université de Stanford (à proximité de Palo Alto). Hal Puthoff et Earle Jones montèrent en haut de la tour pour trouver une table d’orientation, et ils cherchèrent à s’imprégner de toutes les sensations du site. A un moment préalablement déterminé, Pat Price, du SRI, essaya de visualiser où se trouvaient Hal Puthoff et Earle Jones. Il les perçut sur une crête ou un promontoire surplombant l’océan, et il estima qu’ils étaient à environ cent vingt mètres au-dessus du niveau de la mer. Il vit une pièce avec un carrelage espagnol et une colonnade, à environ cinq kilomètres au sud du SRI. De l’autre côté, il eut l’impression de voir une bibliothèque ou une sorte de musée avec une exposition à l’intérieur. La zone perçue lui parut être la tour Hoover.

    En octobre 1973, Hal Puthoff et Russel Targ réalisèrent, avec Pat Price, neuf expérimentations de ce type (sur neuf lieux cibles distincts). Un juge qui n’avait participé à aucune expérience se rendit sur les différents sites avec en main des copies des transcriptions de Pat Price. Sur place, il essaya de deviner quelle transcription correspondait à quel site. Il y parvint sept fois sur neuf. Si la seule chance avait été à l’œuvre, il n’aurait sans doute pas obtenu plus d’une bonne correspondance sur neuf. Il n’avait qu’une chance sur trente-cinq mille d’obtenir par hasard sept bonnes réponses sur neuf. Parfois Pat Price était installé dans une « cage de Faraday » protégée contre l’induction de champs électriques extérieurs. Deux fois, Pat Price était assis sur un banc dans un parc rempli de monde. On utilisa aussi des cibles mouvantes (comme dans la démonstration du planeur). Tout ceci n’avait aucune incidence sur les résultats.

    Hal Puthoff et Russel Targ testèrent aussi Pat Price pour sesaptitudes "psychokinétiques".Il fut capable d’influer sur le rythme du balancier de cuivre d’une pendule, et il perturba apparemment, bien que marginalement, un petit magnétomètre du SRI qui avait défié Ingo Swann. Karlis Osis, de la Société Américaine de Recherche Psychique à New York, plaça une petite boîte de cuivre dans une pièce fermée, avec, à l’intérieur de cette boîte, une plume, laquelle était contrôlée par un rayon infrarouge et une cellule photoélectrique qui devaient détecter le moindre mouvement. A l’autre bout du continent, le capteur infrarouge s’éteignit lorsque Pat Price se concentra sur la cible.

    Un jour, Russell Targ et Hugh Crane (un autre responsable du SRI) étaient assis avec Pat Price dans la cage de Faraday, attendant d’effectuer la séance n° 4 de la série de neuf séances. Hal Puthoff et son chef de division Bart Cox étaient les expérimentateurs hors site. Bart Cox modifia le protocole afin de s’assurer qu'Hal Puthoff et Russel Targ n’étaient pas d’une manière ou d’une autre de mèche avec Pat Price. Au lieu de se rendre sur la cible choisie pour lui au laboratoire, il roula aux alentours, tourna selon « un algorithme pseudo-aléatoire » qui prenait en compte les virages effectués devant lui par les voitures. Au moment déterminé, il s’arrêta là où il se trouvait et il attendit. Lui et Hal Puthoff partirent à 15 heures, Russel Targ étant dans la salle de RV avec Pat Price. Ce dernier vit une petite jetée ou un petit quai le long de la baie, des petits bateaux, des voiliers, des vedettes… Hal Puthoff et Bart Cox se trouvaient dans la marina de Redwood City, et ils avaient en vue les bateaux décrits par Pat Price. Or, ils ne s’étaient trouvés sur les lieux que cinq minutes au moins après la description de Pat Price. Il s’agissait donc d’une RV de type "précognitif".

    La dernière cible de la série de neuf était une paire de piscines dans le parc Rinconada à Palo Alto. Pat Price décrivit les tailles et les formes des deux bassins, l’un rond et l’autre rectangulaire, et il détecta à proximité une petite casemate de béton. Mais il interpréta l’endroit comme une station de traitement de l’eau et il ajouta quelque chose qui ne se trouvait pas là : deux grands réservoirs d’eau en hauteur. Bien plus tard, Russel Targ lut le rapport annuel 1995 de la ville de Palo Alto, lequel mentionnait qu’en 1913 une nouvelle station hydraulique municipale fut construite sur le site de l’actuel parc Rinconada. Une photo montrait une tour avec deux réservoirs d’eau, plus ou moins à l’endroit où Pat Price les avait décrits.

    Hal Puthoff et Russel Targ ont demandé à Pat Price d’essayer de distinguer psychiquement des enveloppes contenant des dessins tracés avec des stylos ordinaires, ainsi que d’autres enveloppes dont les dessins avaient été réalisés à l’aide d’encres invisibles spéciales de la CIA. Pat Price ne réussit pas parfaitement l’exercice, mais fit mieux que la simple chance.

     

    * Collaboration avec la police de Berkerley :

    Le 5 février 1974, Earle Jones entra dans le bureau d’Hal Puthoff avec un message de la police de Berkeley. La nuit précédente, la fille du magnat de la presse Randolph Hearst avait été enlevée. Hal Puthoff et Pat Price rencontrèrent les policiers dans l’appartement de Patty Hearst. Pat Price déclara qu’il ne sentait pas que l’argent était le mobile de l’enlèvement, mais qu’il s’agissait plutôt d’un acte politique terroriste destiné à attirer attention et sympathie. Au poste central de police, on présenta à Pat Price plusieurs volumes de photos d’identité judiciaire non étiquetées, comprenant les habituels suspects et quelques autres. Il prit trois photos et en sortit une en particulier, celle d’un jeune homme. Le nom Lobo lui venait à l’esprit (« loup » en espagnol). Cet homme, dit Pat Price, avait une extraordinaire capacité de contrôle mental. Par exemple, il s’était récemment fait arracher une dent chez le dentiste sans anesthésie, en utilisant l’autohypnose.

    Deux jours après, la police reçut le premier d’une série de « communiqués » des ravisseurs. Comme Pat Price l’avait dit, ils ne réclamaient pas d’argent mais ils demandaient de la nourriture pour les pauvres. Ils se baptisaient « l’Armée de libération symbionèse ». La police et le FBI découvrirent que les trois hommes que Pat Price avait isolés au milieu des photos judiciaires étaient des membres du groupe. Celui que Pat Price avait appelé Lobo était un marginal de Berkeley appelé William Wolfe, et Willie le Loup était un de ses surnoms. (En anglais « Wolf » signifie « Loup ».) La police confirma même l’anecdote concernant l’extraction de dents sans anesthésie.

    « D’abord, Price essaya de trouver Patty Hearst de manière directe, en décrivant son environnement immédiat avec suffisamment de détails pour que la police puisse localiser l’adresse précise. Mais s’il pouvait nettement la voir enfermée dans un placard à l’intérieur de la maison de quelqu’un - ce qui était effectivement le cas à ce moment-là -, il était incapable de déplacer sa perception psi vers l’extérieur et, notamment, le coin de rue le plus proche où il aurait pu déchiffrer le nom de l’artère. Il la voyait tous les jours, mais il ressentait une intense frustration de ne pouvoir l’aider à la localiser.

    Au bout d’un moment, Price décida d’essayer de la trouver indirectement, en triangulant sa position. Puthoff le conduisait en différents endroits de la baie, et alors Price s’asseyait et attendait que lui parviennent des impressions sur la direction de la cachette des kidnappeurs. C’était comme s’il y avait une sorte de boussole dans son cerveau, avec Patty Hearst représentant le nord. Quand Price avait une sensation de la direction de Patty Hearst, Puthoff repérait la position sur la carte du secteur grâce à la direction indiquée. Et ainsi ils répétaient l’opération en différents endroits de la baie. Au bout du compte, leur idée était de voir où toutes les lignes obtenues allaient plus ou moins se croiser. Puthoff et Price se rendraient alors dans le secteur désigné pour continuer de trianguler. Quand ils auraient de nouveau répété plusieurs fois l’opération dans un quartier précis, les lignes convergeraient vers une maison spécifique. Et la police pourrait alors intervenir et libérer l’héritière enlevée. En tous les cas c’était l’idée. » (Jim Schnabel)

    Début avril, malheureusement, le groupe des kidnappeurs fit parvenir une cassette audio dans laquelle la jeune fille disait vouloir « rester et combattre » avec le groupe. Elle fut bientôt photographiée avec d’autres membres de celui-ci pendant qu’ils cambriolaient une banque de San Francisco. Un jour de mai, Pat Price dit à Hal Puthoff qu’il voulait faire un nouveau balayage psychique de la baie, ayant la conviction qu’ils allaient cette fois-ci trouver la jeune fille. Mais le lendemain, la police abattit des membres du groupe de kidnappeurs, dont William Wolfe qui était devenu l’amant de Patty Hearst, dans un immeuble de Los Angeles. Au cours des seize mois suivants, Patty Hearst se cacha et se déplaça dans tout le pays avec ses camarades du groupe, et elle fut finalement arrêtée alors qu’elle se trouvait dans un appartement du Mission District de San Francisco, bien après que Pat Price eût arrêté de la chercher. Incité par l’ancien astronaute Edgar Mitchell, Ingo Swann avait lui aussi cherché à retrouver la jeune fille kidnappée, mais sans succès lui aussi.

     

    * L’ambassade de Chine :

    Le renom de Pat Price avait grandi, et il partit du SRI. Durant l’automne 1974, il travailla notamment pour une compagnie houillère d’Huntington, en Virginie occidentale. Le président de la compagnie offrit son poste à Pat Price.

    En 1950, Norm Everheart fut recruté par la CIA et il fut rapidement envoyé en Grèce. Lorsqu’il revint de Grèce, il eut une réunion avec le chef de l’Office of Technical Service(OTS). Ken Kress, jeune technicien de l’OTS, appela Norm Everheart. En 1972, Ken Kress avait donné au SRI son premier contrat de recherche psi. Il confia à Norm Everheart un document décrivant certaines expériences de RV menées au SRI. Norm Everheart revint avec ce qui semblait une bonne cible : le bureau des communications de l’ambassade de Chine d’une certaine capitale étrangère. Pour déclencher une opération de pénétration des communications de l’ambassade, il fallait être certain que ce bureau se trouvait dans le sous-sol du bâtiment.

    « Après avoir pris connaissance de certaines informations glanées par Price, Everheart conclut que si le médium parvenait à récupérer une information détaillée sur les employés du chiffre et leurs équipements de communication dans le sous-sol de l’ambassade en question, alors l’opération d’infiltration du SIGINT pourrait intervenir. Il proposa formellement que Price décrive cet étage inférieur de l’ambassade. » (Jim Schnabel)

    Le chef de l’équipe, Ed Rogers, considéra la proposition de Norm Everheart avec une bonne dose de scepticisme. Mais finalement, Ed Rogers accepta d’associer Pat Price à l’opération, mais à cette condition : Pat Price devait d’abord réussir trois tests sur des objectifs semblables à propos desquels l’Agence disposait déjà d’amples informations.

    Quelques jours après, Ken Kress et Nick Clancy (un autre agent de la CIA) se retrouvèrent dans la chambre d’hôtel de Pat Price, dans la région de Washington, pour le premier test. Ken Kress sortit de sa mallette une photo noir et blanc d’un bâtiment situé quelque part dans le monde. Il s’agissait de l’ambassade de Chine dans une grande ville d’Afrique. Pat Price se mit à esquisser grossièrement la silhouette de l’Afrique, traça une ligne horizontale en travers du continent pour indiquer l’équateur, et fit un point à l’endroit où selon lui se trouvait l’ambassade. Nick Clancy vit que Pat Price était pile sur la cible. A une question posée par Nick Clancy, Pat Price précisa que le bâtiment se trouvait à 240 kilomètres de l’océan, ce qui était exact. Puis il précisa qu’il y avait là trois bâtiments, ce qui était aussi exact. Puis Pat Price « pénétra » à l’intérieur de l’immeuble montré sur la photo. Il dit de faire attention aux marches se trouvant dans un couloir, la lumière étant mauvaise. Nick Clancy se souvint qu’il avait traversé ce couloir et qu’il avait presque trébuché à cause du mauvais éclairage. Pat Price déclara que Nick Clancy avait développé cette photo dans le sous-sol d’une maison se trouvant à environ 1 kilomètre 600 du bâtiment, ce qui, encore une fois, était vrai.

    Le deuxième test eut lieu environ un jour après, toujours dans la chambre d’hôtel, la photo en noir et blanc montrée désignant un autre bâtiment. Pat Price traça une silhouette de l’Italie, en marquant l’emplacement de Rome. Puis il descendit son stylo jusqu’à une capitale d’Afrique du Nord, le bâtiment se trouvant, dit-il, dans cette ville. Ce qui était juste. Pat Price franchit mentalement la porte principale pour pénétrer dans un grand hall, tout en évoquant un magnifique escalier. Puis il vit des lits et beaucoup de gens blessés, ce qui ne correspondait pas à ce que savait Nick Clancy. Quant à la grande porte de fer qui bloquait l’entrée principale, elle ne semblait pas exister. Ultérieurement, Nick Clancy découvrit que l’édifice avait été le dortoir d’une école de filles juste avant la Seconde Guerre mondiale, et que l’édifice avait, pendant le conflit, servi d’hôpital. A cette époque, il n’y avait pas de porte en fer. Pat Price avait, sans le savoir, glissé dans le temps.

    La troisième cible concernait un bâtiment diplomatique chinois à Rome. Pat Price dessina précisément le plan et décrivit une fresque sur le plafond de l’une des plus importantes pièces de l’ambassade. Nick Clancy connaissait bien cette peinture.

    Norm Everheart présenta les résultats de ces trois tests au chef de l’Equipe D, Ed Rogers, lequel parut surpris par la qualité des données. Mais Ed Rogers n’osa pas faire appel au médium, préférant donner son feu vert à une opération risquée pour examiner le sous-sol de l’ambassade visée avec des moyens techniques rapprochés. Ils constatèrent que le sous-sol du bâtiment chinois n’était qu’une cave à vin.

     

    * La mort de Pat Price :

    En juillet 1975, Pat Price acheva sa mission pour la compagnie houillère de Virginie occidentale. Depuis qu’il avait quitté le SRI, il s’était senti de moins en moins en forme, et maintenant son état avait largement empiré. Au cours de son check-up médical au SRI, un an plus tôt environ, son électrocardiogramme avait fait apparaître un problème coronarien sérieux. Il avait 56 ans.

    Lors d’un repas, à Las Vegas, Pat Price se plaignit de ne pas se sentir bien. D’après le témoignage ultérieur de Bill Alvarez, un ami présent lors du repas, Pat Price déclara que la veille à Washington, au cours du dîner, quelqu’un aurait glissé quelque chose dans son café.

    « Price se sentit bientôt si mal qu’il remonta dans sa chambre. Il s’allongea, se sentit de plus en plus mal et appela les Alvarez. Ils se précipitèrent dans sa chambre pour trouver Price sur le lit, terrassé par une attaque cardiaque. Alvarez appela les secours qui essayèrent de ressusciter Price avec des défibrillateurs. En vain. Price fut déclaré mort aux urgences de l’hôpital local.

    A partir de là, l’histoire devient plus étrange. Quand Richard Kennett et les autres essayèrent de découvrir ce qui était arrivé, ils apprirent qu’aucune autopsie n’avait été pratiquée. Pour les morts à l’hôpital de causes bien identifiées, on se passait fréquemment d’autopsie. Mais pour des morts hors de l’hôpital, a fortiori quand le défunt n’était pas un citoyen de la ville, l’autopsie était la norme. Pour Kennett, l’absence d’autopsie soulevait des questions. Mais on répondit simplement aux enquêteurs qu’un ami de Price – pas Alvarez – s’était présenté avec une mallette pleine de documents médicaux. Ceux-ci et la déclaration du médecin urgentiste avaient apparemment suffi à convaincre les autorités médicales de Vegas que l’autopsie était inutile et qu’on pouvait déclarer Price mort de crise cardiaque. Kennett essaya de retrouver cette mystérieuse personne à la mallette, mais il n’y parvint jamais et il ne put même pas découvrir si elle existait vraiment. » (Jim Schnabel)

    La mort de Pat Price donna naissance à toute une série de rumeurs et de questions… En 1994, Russel Targ confia à Jim Schnabel : « Je ne sais pas comment Pat Price est mort. »

    Au cours d’une séance de vision à distance à Fort Meade, à la fin des années 1970, Skip Atwater lança Joe McMoneagle à son insu sur Pat Price.

    « Il lui dit simplement que la cible était une personne. Descendu dans sa zone, McMoneagle décrivit un homme qui ressemblait à Price, dans un lieu souterrain, et qui travaillait secrètement pour le gouvernement. »

    Certains "visualiseurs"en vinrent à penser que Pat Price était encore en vie.

    « Une rumeur circula : quelqu’un (Puthoff, selon un récit, mais lui-même le nie) aurait croisé Price, à la fin des années 1970, dans la galerie marchande d’une banlieue chic de Virginie. Price se serait éclipsé rapidement en se dissimulant le visage. » (Jim Schnabel) (13)

    Alain Moreau

     

    http://www.mondenouveau.fr

     

     


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