• La synesthétie -ou une autre façon de voir les choses

     

    Parfois il m'arrive de voir l'écriture, les dessins,

      la peinture ou n'importe quelle image, en 3 dimensions.

    Je ne sais si la vision des choses en relief correspond à l'idée de la synesthétie.

    Lilith 168

    ................


    Une personne atteinte de synesthésie pourrait, par exemple,
    percevoir ainsi les chiffres et les lettres.


      La synesthésie (du grec syn, avec (union), et aesthesis, sensation) est un phénomène

    neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés.Par exemple, dans un type de

    synesthésie connu sous le nom de synesthésie « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 64,9

    % des synesthésies), les lettres de l'alphabet ou nombres peuvent être perçus colorés. Dans un

    autre type de synesthésie, appelée « synesthésie numérique », les nombres sont

    automatiquement et systématiquement associés avec des positions dans l'espace. Dans un

    autre type de synesthésie, appelé « synesthésie de personnification ordinale/linguistique », les

    nombres, jours de la semaine, mois de l'année évoquent des personnalités. Dans d'autres types

    de synesthésie, la musique et d'autres sons peuvent être perçus colorés, ou ayant une forme

    particulière. La synesthésie impliquant des formes et couleurs est plutôt répandue, alors que la

    synesthésie impliquant des goûts et odeurs est plutôt rare. En 2004, l'Association américaine de

    synesthésie dénombrait 152 formes de synesthésies différentes. Alors que des métaphores

    exprimant un croisement de sens sont parfois qualifiées de « synesthétiques », une vraie

    synesthésie d'origine neurologique est involontaire et concernerait une personne sur 23, soit

    environ 4 % de la population. Il est toutefois difficile de quantifier précisément le nombre de

    personnes véritablement synesthètes dans une population donnée, cette notion étant subjective

    car basée sur la perception personnelle. Si certaines personnes peuvent ignorer leur synesthésie

    (car vivant avec depuis toujours sans le savoir), d'autres peuvent se déclarer synesthètes sans

    l'être véritablement, ou à des degrés considérablement plus faibles que d'autres personnes,

    s'approchant d'une perception « normale ». Ainsi, il a pu être avancé que la synesthésie ne

    concernait qu'une personne sur 2 000, bien que cette statistique semble désormais erronée.

    Concernant l'origine de la synesthésie, il y a un facteur génétique probable, la synesthésie

    semble se transmettre par hérédité via le chromosome X. La synesthésie peut être acquise dès la

    naissance (la personne est alors appelée synesthète) et/ou bien résulter de la prise de drogues

    hallucinogènes.

    Critères diagnostiques
    Le neurologue Richard Cytowic identifie les critères suivants afin de diagnostiquer la synesthésie

    :
    la synesthésie est involontaire et automatique ; les images synesthétiques apparaissent

    spatialement, ce qui signifie qu'elles ont souvent une position définie dans l'espace ; les

    perceptions synesthétiques sont consistantes et génériques ; la synesthésie est mémorable ; les

    perceptions synesthétiques ont une charge émotionnelle. Kevin T. Dann ajoute deux autres

    critères :
    la synesthésie n'est pas linguistique, et en quelque sorte ineffable ; la synesthésie concerne des

    personnes ayant un cerveau ne présentant aucun signe de maladie. La synesthésie désigne

    aussi un procédé poétique ou artistique qui permet de mettre en relief une image en faisant appel

    à d'autres modalités sensorielles. On cite souvent comme exemple ce passage bien connu du

    poèmeCorrespondances de Charles Baudelaire :
    Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,Doux comme des hautbois, verts comme des

    prairies,- Et d'autres corrompus, riches et triomphants, [...]La première description scientifique

    aurait été faite par un certain Georg Sachs, médecin bavarois, en 1812. Elle devint très à la mode

    dans le mouvement romantique fin XIXe début XXe, puis fut discréditée et tomba un peu dans l’

    oubli. C'est Alfred Binet en procédant à des études de temps de réaction dans le cadre du

    Laboratoire de Psychologie expérimentale qui montrera que les associations synesthésiques

    avaient les mêmes temps de latence que les autres associations imaginaires.
    Elle fut redécouverte dans les années 1980, et popularisée par les tendances New Age anti-

    rationalistes avant de redevenir un objet scientifique depuis quelques années.

    Expériences synesthétiques
    Les synesthètes rapportent souvent qu'ils ne savaient même pas que leur synesthésie était

    inhabituelle jusqu'à ce qu'ils réalisent que la plupart des gens n'expérimentaient pas les mêmes

    sensations qu'eux. D'autres synesthètes avouent avoir gardé leur synesthésie secrète toute leur

    vie, de peur d'être incompris ou tournés en ridicule. La nature automatique et ineffable de la

    synesthésie montre bien que cette association de sens semble tout à fait ordinaire pour le

    synesthète. Le fait que la synesthésie soit involontaire et consistante montre que celle-ci est une

    expérience réelle.
    Se remémorant une expérience de son enfance, Patricia Lynne Duffy écrivait :
    « Un jour, je dis à mon père, "Je viens de me rendre compte que pour écrire la lettre "R", tout ce

    que j'ai à faire est de dessiner un "P", et ensuite une ligne partant de sa boucle." Et j'étais

    tellement surprise de constater que je pouvais transformer une lettre jaune en lettre orange, juste

    en ajoutant une ligne. »Malgré les généralités qui permettent la définition du phénomène de la

    synesthésie, on ne doit cependant pas oublier que les expériences individuelles varient en de

    nombreuses façons. Cette irrégularité fut remarquée au tout début de la recherche sur la

    synesthésie (Flournoy 1893), mais n'a été reconsidérée par les chercheurs modernes que

    récemment. Alors que certains synesthètes graphèmes → couleurs déclarent que leurs couleurs

    semblent "projetées" à l'extérieur, la plupart déclarent que leurs couleurs sont perçues "dans leur

    tête". Certains synesthètes déclarent que leurs voyelles sont davantage colorées, alors que pour

    d'autres il s'agit des consonnes (Day 2005). Les descriptions ci-dessous peuvent donner une idée

    d'à quoi peut ressembler une expérience synesthétique, mais ne peuvent pas en capturer toute la

    richesse.
    Certains calculateurs prodiges qui voient les réponses leur apparaître sont probablement atteints

    de synesthésie.

    Catégories de synesthésies
    La synesthésie peut apparaître entre n'importe quel sens ou mode perceptif. Du fait de la grande

    variété de types de synesthésies, les chercheurs ont adopté une convention indiquant le type de

    synesthésie en utilisant la notation suivante x → y, dans laquelle x est le déclencheur de

    l'expérience synesthétique, et y est l'expérience additionnelle. Par exemple, percevoir les lettres

    et nombres (collectivement appelés graphèmes) en couleurs indiquerait une synesthésie

    graphèmes → couleurs. De la même façon, lorsque des synesthètes voient des couleurs et

    mouvements en écoutant de la musique, il s'agit d'une synesthésie sons → couleurs,

    mouvements.
    Alors que presque toutes les combinaisons de sens sont théoriquement possibles, certains types

    de synesthésie sont plus répandus que d'autres.
    Synesthésie bimodaleLa synesthésie bimodale concerne le croisement entre deux modalités

    sensorielles. Ce croisement est généralement unidirectionnel : une couleur qui déclenche une

    perception sonore par exemple (mais pas l'inverse). Bien que toutes les associations n'aient pas

    forcément été observées, plusieurs auteurs suggèrent que toutes sont possibles. Le sens

    proprioceptif est également susceptible d'intervenir (ce sens concerne l'accélération et le

    positionnement du corps dans l'espace, la pression, etc.).
    Synesthésie multimodalePlus rare que la synesthésie bimodale, elle concerne le croisement d'au

    moins trois modes sensoriels, de façon bi-directionnelle. La musique évoque des couleurs et des

    formes → Synesthésie bidirectionnelle : la musique évoque des couleurs et les couleurs évoquent

    de la musique.
    Synesthésie cognitiveCette catégorie de synesthésie est généralement considérée comme

    relevant des fonctions supérieures cognitives : il s'agit de l'association d'un mode sensoriel à une

    représentation mentale en général : par exemple une couleur associée à une lettre.
    Types de synesthésiesSynesthésie graphèmes → couleursDans l'un des types de synesthésie

    les plus répandus, les lettres individuelles de l'alphabet, ainsi que les nombres sont "teintés"

    d'une certaine couleur. Alors que deux synesthètes ne vont pas rapporter les mêmes couleurs

    pour toutes les lettres et nombres, des études montrent que certaines tendances se répètent (par

    exemple, la lettre A est souvent rouge chez les synesthètes anglophones).
    Un synesthète graphèmes → couleurs témoigne :
    « J'associe souvent les lettres et les nombres avec des couleurs. Chaque chiffre et chaque lettre

    est associé à une couleur dans ma tête. Parfois, lorsque les lettres sont écrites sur un morceau

    de papier, elles apparaîtront brièvement en couleur si je ne suis pas concentré dessus. Par

    exemple, "S" est rouge, "H" est orange, "C" est jaune, "J" est jaune-vert, "G" est vert; "E" est

    bleu, "X" est mauve, "I" est jaune pâle, "2" est brun, "1" est blanc. Si j'écris SHCJGEX, ou encore

    ABCPDEF, ces lettres formeront un arc-en-ciel alors que je les lis. »La synesthésie graphèmes

    → couleurs paraît plus forte dans l'usage d'une langue dont l'orthographe est phonétique (breton,

    espagnol, allemand, etc.) plutôt que dans d'autres où les sonorités d'une lettre varient suivant son

    contexte (anglais) ou si les combinaisons de lettres modifient la sonorité (français, exemple : "ho"

    et "eau").


    Synesthésie musique → couleursLes synesthètes musique → couleurs perçoivent des couleurs

    en réponse à des sons. Comme les synesthètes graphème → couleurs, les synesthètes

    rapportent rarement les mêmes couleurs pour des tons donnés (pour un synesthète, un la dièse

    peut être rouge ; pour un autre synesthète, il sera vert). Cependant, les synesthètes sont

    constants : testé des mois plus tard, un synesthète va rapporter les mêmes expériences qu'il

    avait précédemment rapportées.
    Les changements de couleurs impliquent plusieurs critères : la teinte, la luminosité (la quantité

    de noir dans une couleur, du rouge avec du noir peut apparaître marron), la saturation (l'intensité

    de la couleur, par exemple le rose pâle est moins saturé que le rose fuchsia), et la teinte peut

    être affectée à des degrés différents (Campen/Froger 2002). De plus, les synesthètes musique →

    couleurs, à la différence des synesthètes graphèmes → couleurs, rapportent souvent que les

    couleurs changent, ou se déplacent dans leur champ de vision.
    Synesthésie numériqueLa "synesthésie numérique" est une carte mentale des nombres, qui

    apparaît automatiquement et involontairement lorsque le synesthète en question pense à des

    nombres ou des unités temporelles. Ainsi, les nombres peuvent être alignés selon un axe

    montant, et les mois de l'année peuvent former un demi-cercle. Ceci fut documenté et nommé

    pour la première fois par Sir Francis Galton6. Les recherches qui suivirent l'identifièrent comme un

    type de synesthésie. En particulier, il a été suggéré que ces "cartes numériques" sont le résultat

    d'une activation croisée (cross activation) entre les régions du lobe pariétal qui sont impliquées

    dans la cognition numérique et spatiale. En plus de leur intérêt pour la synesthésie numérique en

    tant que synesthésie, les chercheurs en cognition numérique ont commencé à explorer ce type

    de synesthésie pour les aperçus qu'il peut donner sur les mécanismes neurologiques des

    associations numériques/spatiales présentes inconsciemment en chacun de nous.
    Synesthésie lexicale → gustativeDans un type peu répandu de synesthésie, la synesthésie

    lexicale → gustative, les mots individuels ainsi que les phonèmes du langage parlé évoquent des

    sensations de goûts dans la bouche.
    « À chaque fois que j'entends, lis, ou pense à des mots/syllabes, je perçois une sensation de

    goût immédiate et involontaire sur ma langue. Ces associations de goût très spécifiques ne

    changent jamais et sont restées les mêmes du plus loin que je m'en souvienne. »Jamie Ward et

    Julia Simner ont étudié en détail ce type de synesthésie, et se sont rendu compte que les

    associations synesthétiques sont conditionnées par l'alimentation du sujet lors de son enfance.

    Par exemple, James Wannerton n'a pas de perceptions synesthétiques impliquant du café ou du

    curry, alors qu'il en prend régulièrement à l'âge adulte. Par contre, il goûte des marques de

    céréales et bonbons qui ne sont plus vendus à l'heure actuelle, mais qu'il mangeait assez

    régulièrement dans son enfance.
    Le sens du mot joue parfois un rôle dans le goût qui lui est attribué : ainsi, le mot "bleu" a pour

    James Wannerton un goût "d'encre". La prononciation du mot joue de même un grand rôle dans

    l'attribution de son goût : dans certains cas, le mot goûté aura des phonèmes en commun avec le

    nom de la nourriture goûtée (par exemple, /I/, /n/ et /s/ déclenchent un goût de viande hachée :

    "mince"). Cependant, d'autres goûts ont des origines moins évidentes (par exemple, [f] déclenche

    un goût de sorbet (sherbet)). Afin de démontrer que les phonèmes, plutôt que les graphèmes,

    sont les déclencheurs cruciaux du goût synesthétique, Ward et Simner ont montré que, pour

    James Wannerton, le goût de l'œuf (egg) est associé au phonème /k/, qu'il s'écrive avec un "c"

    (accepter, to accept), k (York), ck (chuck), ou x (fax).
    PersonnificationLa personnification ordinale/linguistique (POL, ou personnification) est un type de

    synesthésie dans lequel des séquences, comme les nombres, les jours de la semaine, les mois

    et lettres sont associés avec des personnalités. Bien que ce type de synesthésie ait été

    documenté en 1890, il n'a intéressé les chercheurs modernes que récemment.
    « T est généralement geignard, peu charitable. U est une chose sans âme. 4 est honnête, mais

    ... 3, non, je ne peux pas lui faire confiance. 9 est sombre, un gentleman, grand et gracieux, mais

    politicien sous ses aspects suaves. »« I est un peu angoissé parfois, même s'il est plutôt enjoué

    ; J est un homme, blagueur à première vue, mais avec une forte personnalité ; K est une femme,

    silencieuse et responsable... »Pour certaines personnes, outre les séquences de nombres ou de

    lettres, les objets sont parfois imbibés de personnalité, ce qui est parfois comparé à une forme

    d'animisme. Ce type de synesthésie est plus difficile à distinguer des associations non

    synesthétiques. Cependant, la recherche récente a commencé à montrer que ce type de

    synesthésie cohabite avec d'autres types de synesthésie, est consistant et automatique, et

    répond donc aux critères synesthétiques.
    Histoire de la recherche sur la synesthésie
    Le premier cas publié dans la littérature médicale fut rapporté en 1710 par le docteur Thomas

    Woolhouse (1650-1734), ophtalmologiste du roi Jacques II. Il s'agissait d'un jeune homme aveugle

    qui percevait des couleurs induites par des sons, phénomène appelé alors synopsie et aujourd'hui

    chromesthésie(en). Le phénomène capta pour la première fois l'intérêt de la communauté

    scientifique dans les années 1880 grâce à Francis Galton. Suivant ces observations initiales, la

    recherche sur la synesthésie explosa, avec des chercheurs venant d'Angleterre, Allemagne,

    France et États-Unis d'Amérique, tous explorant ce phénomène. Cependant, en raison des

    difficultés rencontrées pour prouver et mesurer des expériences totalement internes et

    subjectives, ainsi que de la montée du behaviorisme en psychologie, qui bannissait toute mention

    d'expériences internes, l'intérêt porté à la synesthésie s'émoussa dans les années 1930.
    Dans les années 1980, alors que la révolution cognitive avait commencé à rendre l'étude de la

    conscience respectable à nouveau, les scientifiques commencèrent à réexaminer ce phénomène

    fascinant. Menée aux États-Unis par Larry Marks et Richard Cytowic, et en Angleterre par Simon

    Baron-Cohen et Jeffrey Gray, la recherche sur la synesthésie commença à explorer la réalité,

    consistance et fréquence des expériences synesthétiques. À la fin des années 1990, les

    chercheurs s'intéressèrent à la synesthésie graphèmes → couleurs, un des types de synesthésie

    les plus répandus, et de plus facilement étudiable. En 2006, le journal Cortex publia un numéro

    spécial sur la synesthésie, composé de 26 articles. La synesthésie a été l'objet de nombreux

    livres scientifiques, ainsi que de romans et de courts métrages relatant des personnages

    synesthètes.

    Prévalence et origine génétique de la synesthésie
    Les estimations de prévalence varient énormément (de 1 personne sur 20 à 1 sur 20000).

    Cependant, ces études ont toutes souffert du fait qu'elles n'ont pris en compte que le témoignage

    des personnes se déclarant synesthètes. C’est-à-dire que les seules personnes incluses dans

    ces études étaient celles qui rapportaient leur expérience au chercheur. Simner et al. ont conduit

    les premières études réalisées sur un échantillon aléatoire de la population, arrivant à une

    prévalence de 1 personne sur 23. Les données actuelles suggèrent que les synesthésies

    graphème → couleur et jour de la semaine → couleur sont les plus répandues.
    Presque toutes les études sur le sujet ont suggéré que la synesthésie a une origine génétique,

    car certaines familles recensent beaucoup plus de cas de synesthésie que d'autres. Les

    premières références à ce facteur datent de 1880(Francis Galton). Depuis, d'autres études ont

    soutenu cette conclusion. Cependant, il est probable que certaines études, qui rapportaient un

    nombre plus élevé de synesthètes pour les femmes que les hommes (jusqu'à 6 femmes pour 1

    homme), souffrirent du fait que les femmes ont plus tendance à se déclarer synesthètes que les

    hommes. Des études plus récentes, utilisant des échantillons aléatoires, trouvent un rapport de 1

    pour 1.
    Les modèles observés d'héritage de la synesthésie ont suggéré que le mode d'hérédité est lié au

    chromosome X, bien que la recherche de la génétique de la synesthésie soit toujours

    préliminaire. Il n'y a pas d'exemples documentés de transmission de père en fils, alors que

    d'autres formes de transmission (père en fille, mère en fils et mère en fille) sont plutôt répandues.

    Il y a eu des cas de vrais jumeaux dans lesquels un seul jumeau était synesthète, et il a été noté

    que la synesthésie peut sauter des générations dans une famille.
    De plus, Simner et al. notent qu'il est commun que les synesthètes d'une même famille

    présentent différents types de synesthésie, ce qui suggère que le gène ou les gènes impliqués

    dans le développement de la synesthésie n'entraînent pas des types spécifiques de synesthésie.

    Au contraire, des facteurs développementaux tels que l'expression d'un gène et l'environnement

    doivent aussi jouer un rôle dans la détermination du type de synesthésie qu'un synesthète va

    développer.
    Démonstration de l'authenticité de la synesthésie
    Prouver que quelqu'un est réellement synesthète est aisé. Les tests les plus simples impliquent

    des tests de constance sur de longues périodes. Les synesthètes obtiennent habituellement un

    meilleur résultat sur de tels tests que les non-synesthètes (soit avec des noms de couleurs, des

    gommettes colorées ou même un sélecteur de couleurs proposant 16,7 millions de choix de

    couleurs). Les synesthètes peuvent obtenir un taux de constance aussi élevé que 90 pour cent

    après une période d'un an, alors que des non synesthètes obtiendront un score de 30/40 pour

    cent après seulement un mois, même lorsqu'ils sont prévenus qu'ils seraient retestés (par

    exemple, Baron-Cohen et al. 1996).
    Des tests plus spécialisés incluent des versions modifiées de l'effet Stroop. Selon le paradigme

    de Stroop standard, il est plus difficile de nommer la couleur d'encre du mot "rouge" lorsque celui

    -ci est imprimé en encre bleue que lorsqu'il est imprimé en encre rouge. De la même façon, si l'on

    présente à un synesthète graphèmes → couleurs le chiffre 4 imprimé en encre bleue alors que le

    synesthète le perçoit rouge, celui-ci sera plus lent à identifier la couleur de l'encre. Ceci n'est pas

    dû au fait que le synesthète ne peut pas voir l'encre bleue, mais plutôt parce que la même sorte

    de conflit responsable pour l'effet Stroop se produit entre la couleur de l'encre et la couleur du

    graphème automatiquement associée. Des variantes de l'effet Stroop peuvent être conçues ; par

    exemple, on demande à un synesthète musique → couleurs de nommer la couleur d'une tache

    rouge alors qu'il est en train d'écouter un son produisant une sensation de bleu (Ward,

    Tsakanikos & Bray 2006) ou lorsqu'on demande à un synesthète note de musique → goût

    d'identifier un goût amer alors qu'il est en train d'écouter une note provoquant un goût sucré (Beeli,

    Esslen & Jäncke 2005).
    Enfin, des études réalisées sur des synesthètes graphèmes → couleurs ont démontré que les

    couleurs synesthétiques peuvent améliorer des performances sur certaines tâches visuelles, ou

    du moins pour certains synesthètes. Inspirés par des tests sur le daltonisme, Ramachandran et

    Hubbard (2001) présentèrent des schémas représentant des dizaines de chiffres 5 entre lesquels

    sont incrustés des chiffres 2 à des synesthètes et non-synesthètes. Ces chiffres 2 peuvent former

    une de ces 4 formes : carré, losange, rectangle ou triangle. Les couleurs synesthétiques aident

    les synesthètes à trouver la "figure cachée" : pour un synesthète qui voit les 2 rouges et les 5

    verts, le rouge des 2 se détachera du vert des 5. D'autres études ont exploré ces effets avec plus

    d'attention, et ont montré que : 1. les résultats varient entre synesthètes, 2. alors que la

    synesthésie est présente tôt dans le traitement perceptif, elle n'intervient pas avant l'attention.
    Ces études conduisent à différencier les synesthésies fortes ou vraies, des synesthésies faibles

    que sont les associations normales que l'on peut faire, notamment, en associant le rouge au

    chaud ou le bleu au froid. Des phénomènes synesthésiques peuvent également survenir lors

    d'état de fatigue ou de somnolence, on parle parfois de synesthésie d'endormissement. Il est

    probable que nombre d'entre nous ayons vécu de telles associations de sens, par exemple, une

    porte qui claque ou un bruit intense, et sec, peut provoquer une impression de flash lumineux si

    l'on se trouve en phase de sommeil léger. Les hallucinations synesthésiques perçues sous

    l'emprise de substances psychotropes peuvent représenter une forme moyenne de synesthésie.
    Dès lors, il convient de faire une distinction entre la réalité physique, la réalité perceptive, et la

    simulation : les synesthètes ne simulent pas, cela est prouvé par les tests précités qu'il serait

    impossible de réussir aussi bien en simulant des associations de perceptions. Les

    caractéristiques physiques des stimuli sont indépendantes des stimulations perçues (par

    exemple, une lettre écrite en noir et vue en bleu n'a pas la longueur d'onde correspondant au

    bleu).
    Base neurologique possible de la synesthésie
    Les théories considérant une base neurologique à la synesthésie ont pour racine l'observation que

    certaines régions du cerveau sont spécialisées pour certaines fonctions. Basés sur cette notion

    de "régions spécialisées", quelques scientifiques ont suggéré que des "connexions" entre

    différentes régions spécialisées dans différentes fonctions peuvent résulter en différents types de

    synesthésie. Par exemple, comme les régions impliquées dans l'identification des lettres et

    chiffres sont adjacentes à la région impliquée dans le traitement des couleurs (V4), l'expérience

    additionnelle de voir des couleurs en regardant des graphèmes peut être due à cette cross

    activation de V4. Cette cross activation peut survenir suite à un défaut dans le processus normal

    d'élimination des neurones.
    Selon l'autre théorie, la synesthésie peut survenir suite à une réduction du niveau d'inhibition des

    voies d'échanges. Normalement, l'équilibre entre l'excitation et l'inhibition est maintenu.

    Cependant, si ces échanges ne sont pas inhibés correctement, alors les signaux venant de

    stages de traitement multisensoriels ultérieurs pourraient influencer des stages de traitement

    ultérieurs, de telles sortes que des notes de musique activeraient des aires corticales visuelles

    davantage chez les synesthètes musique → couleurs que chez les non synesthètes. Dans ce

    cas, cela pourrait expliquer pourquoi certains utilisateurs de drogues psychédéliques telles que le

    LSD ou la mescaline rapportent des expériences synesthétiques lorsqu'ils sont sous l'influence

    de la drogue.
    Des études TEP (Tomographie à émission de positon) ont mis au jour des différences

    importantes entre les cerveaux de synesthètes et de non synesthètes. Des études récentes

    utilisant l'IRM ont démontré que l'aire V4 est plus active chez les synesthètes mot → couleur et

    graphème → couleur. Cependant, ces études manquent de données pour confirmer l'une des

    deux théories avancées (voies d'échange déshinibées / défaut dans l'élimination des neurones).
    Environ 1 % de personnes présentent une forme particulière de synesthésie, appelée «

    synesthésie visuo-tactile » (ou « synesthésie en miroir au toucher » ou encore « synesthésie

    tactile-miroir ») : quand ces synesthètes voient une personne être touchée à un endroit du corps,

    ils éprouvent exactement la même sensation dans cet endroit du corps que lorsqu'ils sont eux-

    mêmes touchés. Ce type de synesthésie fait appel à des régions primitives du cerveau faisant

    partie de la carte somato-sensorielle.
    Traits cognitifs associés
    On sait très peu à propos des traits cognitifs associés à la synesthésie ni même s'il y en a. Des

    études ont suggéré que les synesthètes sont inhabituellement sensibles aux stimuli externes.

    D'autres traits cognitifs possiblement associés à la synesthésie incluent une confusion entre la

    droite et la gauche, des difficultés en mathématiques, et des difficultés en rédaction. Certains

    synesthètes peuvent se retrouver avec des troubles moteurs, d'orientation ou du langage, ce qui

    aboutit à un échec scolaire voire à une reconnaissance d'invalidité avec incapacité à travailler en

    milieu non protégé.
    Cependant, les synesthètes semblent être plus enclins à participer à des activités créatrices, et

    certaines études ont suggéré une corrélation entre la synesthésie et la créativité. D'autres études

    ont suggéré que les synesthètes ont une mémoire supérieure à la moyenne. Cependant, on ne

    sait pas encore si cette caractéristique est valable pour la synesthésie en général, ou si elle

    concerne uniquement une petite minorité de synesthètes. Ceci est le sujet principal des

    recherches actuelles et futures.
    Liens avec d'autres domaines d'études
    Les scientifiques étudient la synesthésie non seulement parce qu'elle est intéressante en elle-

    même, mais aussi parce qu'ils espèrent que l'étude de la synesthésie offrira des aperçus

    nouveaux dans d'autres domaines, par exemple pour expliquer comment le cerveau combine les

    informations venant de modes sensitifs différents.
    Un exemple est l'effet Bouba/Kiki, qui fut exploré pour la première fois par le psychologue

    Wolfang Kohler. On présente à des individus une forme ronde et une forme pointue ; on leur

    demande d'associer chacune de ces formes soit au mot "Kiki", soit au mot "Bouba". La plupart

    des gens associeront la forme ronde à "Bouba", et la forme pointue à "Kiki". Avec des individus

    de l'île de Tenerife, Kohler distingua une préférence similaire entre des formes appelées "takete"

    et "maluma". Un travail de 2006 entre Daphne Maurer et ses collègues ont montré que même des

    enfants d'à peine 2 ans et demi (trop jeunes pour lire) font les mêmes associations.
    Ramachandran et Hubbard (2001) soutiennent que cet effet peut être l'origine neurologique de la

    symbolique du son, selon laquelle la prononciation d'un mot est parfois associée à son sens (par

    exemple, le mot "petit" est prononcé avec la bouche à peine entre ouverte, alors que l'on a besoin

    d'ouvrir la bouche toute grande pour prononcer les mots "grand" ou "large").
    Ainsi, les chercheurs sur la synesthésie espèrent que, grâce à ces expériences conscientes

    inhabituelles, l'étude de la synesthésie aménera à une meilleure compréhension de la conscience

    et en particulier sur les liens entre le cerveau et la conscience, ou encore à propos des

    mécanismes du cerveau qui permettent d'être conscient. En particulier, quelques scientifiques ont

    suggéré que la synesthésie est en rapport avec le phénomène philosophique des qualia, puisque

    les synesthètes expérimentent des qualia additionnels.
    La synesthésie et l'art

    La « synesthésie dans l'art » peut se référer à trois définitions distinctes :
    L'art par des synesthètes, dans lesquels ils utilisent leur propre expérience synesthétique pour

    créer des œuvres d'art. L'art par des non-synesthètes, qui tentent de représenter ce à quoi doit

    ressembler une synesthésie véritable. L'art supposé évoquer des associations synesthétiques

    chez une audience composée de non-synesthètes. (Ces deux dernières catégories sont parfois

    appelées "synesthésies artificielles").
    Ces distinctions ne sont pas fermées, car, par exemple, une œuvre créée par un synesthète peut

    aussi évoquer des expériences ressemblant à la synesthésie chez l'audience. Cependant, on ne

    doit pas supposer que tout art "synesthétique" reflète exactement l'expérience synesthétique.
    Synesthètes célèbres
    Les avis divergent lorsqu'il s'agit de distinguer si la synesthésie peut ou non être identifiée grâce à

    des sources historiques. Sean A. Day, un synesthète et président de l'ASA, American

    Synesthesia Association, maintient une liste de synesthètes célèbres, "pseudo-synesthètes", et

    des artistes qui ne sont probablement pas synesthètes, mais qui ont utilisé la synesthésie dans

    leur art.


    Marina Diamondis, chanteuse.Tonalités musicales → couleur
    Amy Beach, pianiste et compositrice américaine.Tonalités musicales → couleur
    Robert Cailliau, co-inventeur du web Graphème → couleur
    Duke Ellington, compositeur et pianiste Timbre → couleur
    Richard Feynman, physicien Graphème → couleur
    David Hockney, artiste peintre et photographe Musique → couleur
    Hélène Grimaud, pianiste Musique → couleur
    Wassily Kandinsky, artiste Couleurs → musique
    György Ligeti, compositeur Graphème → couleur
    Franz Liszt, compositeur Musique → couleur
    Olivier Messiaen, compositeur et organiste Accords → couleur
    Margot Asphe, artiste peintre graphème → musique
    Vladimir Nabokov, auteur Graphème → couleur
    Vincent MacKay, musicien Graphème → couleur
    Marie-Claude Gendron,artiste Musique → couleur
    Michel Petrucciani, musicien Musique → couleur
    Franck Avitabile, musicien Musique → forme
    Nikolaï Rimski-Korsakov, compositeur Tonalités musicales → couleur
    Jean Sibelius, compositeur Son → couleur
    Michael Torke, compositeur Synesthésies multiples
    Alexandre Scriabine, compositeur et inventeur d'un "clavier à lumières" Musique → couleur
    Pharrell Williams, musicien, producteur couleurs → musique
    Thom Yorke, musicien (Radiohead) Couleur → musique
    Patrick Stump, musicien (Fall Out Boy) Graphème → couleur
    Richard D. James, musicien (Aphex Twin, AFX) Couleur → musique
    Daniel Tammet, écrivain autiste (Je suis né un jour bleu) Chiffres → couleur
    Daphné, chanteuse multiple
     

     


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